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CHINE
Les objets connectés comme
solution aux défis de l’environnement
ESSEC BBA – 2015 MERYL ZUCCO
Tuteur : Thierry Gadaud
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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REMERCIEMENTS
J’adresse tous mes remerciements aux personnes qui m’ont inspirée et entourée
lors de la rédaction de ce mémoire.
Tout d’abord, je tiens à remercier Thierry Gadaud, consultant et professeur à
l’ESSEC, tuteur de ce mémoire. Sa méthode, ses conseils et ses outils m’ont été
d’un très grand service, et me permettront de me construire une carrière rigoureuse
et ambitieuse. Je le remercie également pour nos échanges et son ouverture lors de
la réalisation de ce mémoire.
Je souhaite également remercier Sébastien Couasnon, journaliste économique
sur la chaine BFM Business, de m’avoir permis d’assister aux émissions Tech & Co
réunissant des entrepreneurs et chefs d’entreprises. Ces émissions m’ont
énormément inspiré et m’ont permis de mieux appréhender les tendances digitales et
numériques qui modifient nos modèles économiques.
Enfin je tiens à remercier M. et Mme Zhou qui m’ont accueilli pendant six mois en
Chine et m’ont consacré de leur temps pour m'apprendre l’histoire de leur culture.
Meryl Zucco
	
  
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION ............................................................................................................4
CHAPITRE 1 - STRUCTURE ET CARACTERISTIQUES D’UN MARCHE CHINOIS EN
PLEIN BOOM .......................................................................................................................7
A. Historique et contexte ..........................................................................................7
1. Le modèle économique de la Chine moderne post 1978 ............................................. 7
2. Stratégie de développement: priorité au marché intérieur .......................................... 10
3. Bilan énergétique : croissance économique et détérioration environnementale......... 13
B. La stratégie énergétique chinoise: l’adaptation du territoire...............................16
1. Evolution de la nature des projets et de l’environnement dans lequel ils sont menés 16
2. Evolution des acteurs.................................................................................................. 18
3. Evolution du cadre réglementaire ............................................................................... 19
C. L'émergence de l’innovation au cœur de l’activité en Chine : terrain fertile pour
l’Internet des Objets ........................................................................................................23
1. Etat des lieux et cas d’exemples................................................................................. 23
2. Concepts économiques d’innovation: une matrice prédéfinie..................................... 24
3. “China Innovation” un nouveau modèle de développement ....................................... 27
4. « Go West Policy » : impulsion nationale de l’innovation............................................ 30
CHAPITRE 2 - OBJETS CONNECTES: POTENTIEL ET ESPOIRS VERS UNE
TRANSITION ENERGETIQUE DURABLE.........................................................................32
A. Définition du marché de l’Internet des Objets (IoT)............................................32
1. Une révolution profonde.............................................................................................. 33
2. Un système complexe de progrès technique au sein de la chaine de valeur ............. 35
3. Les capacités des produits intelligents connectés ...................................................... 36
B. La mission des objets connectés .......................................................................38
1. Satisfaire la pyramide des besoins - Maslow.............................................................. 38
2. En donnant un S.E.N.S.E à la technologie ................................................................. 41
3. Pour un marché hautement attractif............................................................................ 41
C. Les options technologiques pour un modèle de développement durable ..........45
1. Le modèle Smart City ................................................................................................. 45
2. Suit un modèle qui diffuse la technologie ................................................................... 50
3. Vitesse d’intégration des objets connectés comme moteur de l’économie................. 52
CHAPITRE III - LA CONSTRUCTION D’UN ECOSYSTEME FAVORABLE:
SOLUTIONS, APPLICATIONS ET REPARTITION DES COMPETENCES.......................54
A. Les points forts et les points faibles du système d’innovation en Chine ............54
1. Analyse PESTEL du marché chinois .......................................................................... 54
2. Le prisme de la performance et l’appétence de technologie ...................................... 60
3. Le gradualisme, une expérience chinoise................................................................... 63
B. Un “Small Business Act” chinois : impulsion et planification gouvernementale de
réformes environnementales ..........................................................................................66
1. Proposer et articuler la vision...................................................................................... 66
2. Planifier la vision et supporter une industrie prospère ................................................ 68
C. Synthèse des opportunités, facteurs de réussites et risques .............................71
1. Strategic grid for IT ..................................................................................................... 71
2. Wuxi, ville pilote de l’IoT ............................................................................................. 72
3. Limites et risques du développement des objets connectés....................................... 73
CONCLUSION..............................................................................................................75
BIBLIOGRAPHIE..........................................................................................................77
Iesf.fr, (2015). [en ligne] http://www.iesf.fr/upload/pdf/g9plus-nouveauxeldorados.pdf [Page
consultée le 12 Mai 2015]......................................................................................................... 79
Digital21.gov.hk, (2015). [en ligne]
http://www.digital21.gov.hk/eng/relatedDoc/download/IBM-ConsultancyStudyReport_eng.pdf
[Page consultée le 12 Mai 2015] .............................................................................................. 79
ANNEXES.....................................................................................................................80
	
  
	
   	
  
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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INTRODUCTION
	
  
En ce début de XXIème siècle la Chine fascine le monde entier. Nous
assistons à une profonde transformation des rapports de forces sur la scène
internationale et l’ambition affichée de la Chine fait douter l’Occident, jusqu’alors si
sûr de sa supériorité et de son excellence. Grâce à l’essor de sa classe moyenne et
au développement du tourisme intérieur, le marché national chinois possède de
nombreux atouts pour devenir la première puissance de la planète, devant les Etats-
Unis, d’ici à 2017.
En effet, la Chine s’élance, portée par une longue chronique annoncée et s’empare
sous les fervents regards des pays du monde entier des pouvoirs financiers,
technologiques, législatifs et économiques. Toutefois, la croissance accélérée et
rayonnante de l’économie chinoise au cours de ces dernières années a fortement
endommagé l’environnement. Ceci entraînant des transformations
environnementales majeures à l’échelle du pays : processus d’érosion, de
désertification et de salinisation des sols, rejets massifs de CO2, sans compter la
pollution de l’air. Ces impacts et retombées sur la population et l’équilibre écologique
de son écosystème remettent en cаuse la future conquête аnnoncée de la nаtion. De
fait, l’héritаge d’un accablant passé industriel issu du règne Maoïste, est la
conséquence d’un très fort аccroissement en besoins énergétiques, principаlement
аbreuvés par la combustion de charbon.
Ce phénomène а placé la Chine en première position des pаys émetteurs de gаz à
effet de serre, de dioxyde de soufre et divers polluаnts аtmosphériques. La régie du
désastre environnemental coûte près de 300 milliards de dollars à la Chine. Le
danger écologique аpproche de tels extrêmes qu’il met en péril la poursuite de la
conquête économique du pays, ne serаit-ce que par les impаcts occаsionnés sur la
sаnté de sа mаin-d’œuvre opulente et très bon mаrché, clé de son triomphe
économique. La Chine n’a d’autre аlternative que de mettre en œuvre sа
restructurаtion économique et industrielle pour trouver une solution durаble à ce
cercle vicieux.
La réаction du Gouvernement Communiste Chinois en réponse à ce problème est
аctuellement et surtout diplomаtique ; seul un engаgement volontariste et soutenu du
pаys vers « l’éco-développement » pourrа provoquer des externalités positives.
Cependаnt, le discours politique des dirigeаnts chinois ces dernières аnnées a tout
de même pris un « virаge vert ». Les mesures concrètes аnnoncées regroupent
l’ordonnаnce de nombreuses réformes nationаles, l’implantаtion des nouvelles
technologies au cœur des industries soutenues par de futurs investissements
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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colossaux dаns ce circuit de l’économie verte. Les comportements strаtégiques des
géаnts industriels chinois et des pouvoirs publics semblent se tourner vers lа
compréhension d’un monde de connexions encore plus dense, entre les hommes et
les cаpitaux mais également entre les objets intelligents connectés, pour accroitre
leur productivité et protéger l’environnement.
Cet élаn technologique, accessible grâce au moteur «Internet », étаblit de nouvelles
relаtions entre innovаtion et perspectives de développements à l’échelle nationаle;
mais également entre liberté et sécurité; renforçant ainsi le besoin légitime d’une
gouvernаnce multilаtérale, transpаrente et ouverte. Le rôle du gouvernement chinois
sera essentiel dаns l’arrivée des objets intelligents connectés аu sein de son tissu
industriel et comme nouveau business model. En effet, les exemples de réussites de
la mutаtion de secteurs d’аctivités complexes par l’intégration des objets connectés,
montrent que les bénéfices ne profitent pаs seulement à certаins аcteurs de la
chaine de valeur, mais viennent entièrement аméliorer l’ensemble des filières d’une
économie.
Les objets connectés sont donc à même d’аpporter une solution inédite pour la
Chine pour répondre aux problématiques environnementales ; solution qui, si elle
réussit, sera à même d’être déployée à l’échelle internationаle dаns une démarche
commune de protection de l’environnement. Cette solution offre des substituts à des
processus de production, de gestion, de gouvernаnce et de consolidаtion des
аctivités et offre des opportunités de croissаnces inаttendues, comme les
précédentes grаndes Révolutions (industrielle et de l’internet) l’ont permis, tout
comme elle présente des risques.
Compte tenu du carаctère émergent de la technologie des objets connectés, quelles
sont donc les opportunités de développement qui peuvent être аppuyées par les
pouvoirs publics ? Quels sont leurs chаmps d’intervention? Comment аrticuler de
mаnière partagée, durаble et à moindre-coût des réseаux intelligents et des cаpteurs
connectés diversifiés sur toute la chаine de valeur ? Comment guider l’innovation et
le déploiement des objets connectés sur un territoire de près de 10 000 000 m2 pour
mаintenir la croissance économique ? Nous tenterons de répondre à ces
interrogations en posant la problématique suivante :
Comment renforcer l’efficacité de la mise en œuvre de la
politique environnementale en Chine par la contribution
des objets connectés comme nouveau modèle de
développement économique ?
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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Pour répondre à cette question, je proposerai dans un premier temps un constat et
une analyse de l’évolution du marché chinois et de ses retombées nombreuses
environnementales.
Cette partie très historique sera basée sur l’étude de la croissance économique du
démodé «atelier du monde » vers l’avènement annoncé de la domination chinoise,
grâce à un examen précis des caractéristiques intrinsèques de la Chine. Nous
établirons son profil économique et écologique actuel afin d’évaluer les perspectives
et opportunités de développement qu’il présente. Nous remarquerons que cette
conquête internationale est possible grâce à un état interventionniste doté de
ressources spectaculaires, de moyens politiques, législatifs et financiers efficaces
pour soutenir les entreprises chinoises, d’une très forte emprise sur son marché
intérieur et d’une volonté de promouvoir les technologies au cœur de l’activité
nationale.
Nous étudierons ensuite les caractéristiques des objets connectés et les modèles de
systèmes intelligents qui, une fois mis en réseaux, permettent de répondre aux
enjeux de l’environnement en offrant un suivi et une optimisation de la consommation
de ressources énergétiques.
Nous expliqueront également comment et en quoi ils représentent une solution viable
et performante pour moderniser l’industrie chinoise et lui permettre de devenir un
modèle en terme de performance énergétique.
Enfin, nous proposerons une articulation des politiques gouvernementales autour de
la stratégie de déploiement des objets connectés au sein du tissu industriel chinois,
pour permettre à la Chine de façonner un avenir durable en bâtissant une économie
connectée, influente et compétitive.
 
CHAPITRE 1 - STRUCTURE ET CARACTERISTIQUES D’UN
MARCHE CHINOIS EN PLEIN BOOM
A. Historique et contexte
1. Le modèle économique de la Chine moderne post 1978
Le système politique chinois et le modèle de prise de décisions se structurent
suivants un modèle de succession de plans quinquennaux. Ce concept de « plan
quinquennal » se définit par une somme de mesures prises par le bureau du Parti
Communiste Chinois (PCC), visant à donner des orientations et des objectifs de
croissance économique et piloter des réformes nationales, afin de conduire les
industries vers une stratégie performante et adaptée à la conjoncture.
Ce dispositif de planification centralisée représente l’une des caractéristiques
fondamentales à l’établissement d’un avantage comparatif pour une économie
expansive et concurrentielle, du point de vue des dirigeants communistes. Guidés
par des constantes de développement économique précises et rigoureuses, chaque
province doit maximiser la mobilisation des ressources utilisées pour
l’industrialisation soutenue, laquelle fonctionne grâce à une planification triptyque
déterminée et efficace d’un point de vue organisationnel.
Effet de ciseaux
sur les prix
Pour une catégorie de produits et de facteurs de production
(technologie, ressources, capital...) le prix de vente imposé
aux agriculteurs est très bas comparativement aux produits
manufacturés nécessaires à leur production (engrais,
équipements...).
Hypercentralisati
on des ressources
Afin de garantir à chaque industrie les ressources dont elle
a besoin, les revenus et les dépenses sont unifiés et les
matériaux de ressources de production sont alloués par le
gouvernement.
Gestion locale par
les administrations
Les entreprises ne bénéficient d’aucune autonomie et
doivent exercer leur activité sous l’emprise de l’Etat comme
unité administrative et économique.
Source : le triple mécanisme d’un système de planification centralisée. GIPOULOUX, F. La Chine
du 21
e
siècle, une nouvelle superpuissance ? 2007.
En 1958, le PCC, dirigé par Mao Zedong, lance un vaste plan de réformes pour
stimuler le développement industriel et rural du pays et utiliser l’intégralité des
ressources humaines et matérielles dont dispose la Chine. Cette politique se solde
par un échec aux retombées vigoureuses pour l’ensemble des acteurs économiques
et sociaux du pays. En effet, la production agricole chute fortement, ce qui bloque
alors l’essor de l’industrie, ne trouvant plus de ressources pour investir dans
l’appareil productif. Les prélèvements de nourriture s’accentuent conduisant à une
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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famine nationale. On dénombre aujourd’hui entre 20 et 40 millions de morts. Notons
que ces traumatismes ont permis d’inscrire dans la suite du développement chinois
une obsession claire vis-à-vis de la diversification de la production et de la
consolidation continue de la capacité industrielle du pays.
L’échec de la politique du « Grand Bond en avant » menée par la figure historique
communiste qu’était Mao Zedong, consistait donc en la planification, l’autarcie et la
collectivisation des terres sur tout le territoire, obligeant la Chine à faire face à un
paradoxe : redéfinir les moteurs de la croissance dans un contexte de conservatisme
d’idéologie communiste et d’ouverture économique radicale.
Soutenu par l’ensemble de la population à la mort de Mao Zedong, Deng
Xiaoping, figure du renouveau et de l’espoir, lance dès 1978 une politique très
ambitieuse de modernisation nationale, ayant comme avidité principale d’impulser
une nouvelle stratégie de développement pour permettre le rayonnement de la Chine
sur la scène internationale.
Le plan de réforme débute sur la base d’un programme de libéralisation encadrée
de l’économie et d’ouverture sur l’extérieur alors que la Chine est encore l’un des
pays les plus pauvre du monde.
D’après l’observatoire des Nations Unies, le pays compte alors 60% de sa population
sous le seuil de pauvreté, établit à moins d’un dollar par jour. Ce tremplin de
réformes s’organise autour de quatre modernisations de l’environnement macro-
économique qui sont : l’agriculture, l’industrie, les forces armées et le développement
des activités technologiques. Le pays réussit à accomplir trois transitions majeures à
la base de la conquête industrielle que l’on reconnaît à la Chine aujourd’hui,
permettant la restructuration rapide de son économie. Elle passe d’abord d’un
système de planification centralisée à un système dit « d’économie de marché »,
définie comme « un système économique qui consiste à prendre les décisions
(concernant la production, le prix des produits, la qualité...) en fonction de l'offre et la
demande dans le cadre d'un marché libre. » par le dictionnaire l’Internaute. Elle
réussit également à rénover sa production agricole par une production industrielle
génératrice de nombreuses externalités positives pour le marché domestique et le
marché de l’export. Enfin, elle parvient à impulser un phénomène d’urbanisation
accélérée, laissant derrière elle les fractures de la prépondérance des campagnes.
Cai Fang et Wang Meiyan1
expliquent la rapidité de la transition chinoise vers
l’industrialisation et l’urbanisation en comparaison avec le temps qu’il a fallu aux
puissances occidentales pour réaliser la même performance. En effet, il a fallu au
Royaume-Uni 58 ans pour doubler son revenu par habitant peu avant la Révolution
Industrielle de 1880, pas moins de 47 ans pour les Etats-Unis entre 1839 et 1886, et
enfin 34 ans pour le Japon entre 1885 et 1919. Le plan de réformes de Deng
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
1	
  EMPLOYMENT AND INEQUALITY OUTCOMES IN CHINA, Cai Fang Du Yang Wang Meiyan.
Institute of Population and Labour Economics, Chinese Academy of Social Sciences.
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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Xiaoping à quant à lui permis à la Chine de voir son produit intérieur brut (PIB), qui
selon l’Insee est « un agrégat représentant le résultat final de l'activité de production
des unités productrices résidentes », multiplié par deux et sur deux périodes
successives passant de 200 000$ à plus de 600 000$ entre 1978 et 1996.
1978, le potentiel économique de la Chine se dévoile.
Comprenons d’abord que l’agriculture chinoise est caractérisée par ce que l’on
appelle le « centralisme de la politique économique ». Durant de longues années,
l’Empereur et ses condisciples à la tête du pays, sur des pratiques similaires à celles
observées en France au XVIIe siècle par les physiocrates, considéraient que le
devenir du pays et la substance clé des performances économiques dériverait du
secteur de l’agriculture. Ils établirent donc périodiquement de nombreuses
instructions et procédés de récoltes encourageant la propagation de nouvelles
semences, et autres techniques, visant à améliorer le rendement et la productivité
des exploitants. La diffusion de ce savoir se fit grâce à des guides et calendriers
agricoles qu’ils firent imprimer et envoyer aux agriculteurs de chacune des provinces.
Mais le XXe siècle présente un tout nouvel ordre économique. En effet, la
contribution du secteur agricole qui comptait pour plus de la moitié du PIB en 1950 et
employait environ les trois quarts de la population active, chute à 28% dans les
années 1980 pour ensuite descendre encore à hauteur de 15% en 2003 ; permettant
au pays de basculer dans une structure de pays industrialisé et marquant une forte
accélération de la croissance chinoise. Ces mutations structurelles n’en diminuent
pas moins le rôle indispensable de l’agriculture jusqu’à aujourd’hui. Grâce à ses
récoltes intensives et à l’efficacité des méthodes de production et de culture, le
secteur a d’abord permis aux industries lourdes, puis aux industries légères, de
prospérer hâtivement grâce à un très vaste accès aux matières premières.
Source : China Data Online, Zhongguo Shu Ju Zai Xian 中国数据在
L’agriculture est également fortement impactée par la réorganisation
administrative de l’Etat qui suit le plan de réformes lancé en 1978. Le PCC incite à la
86,7
71
67,8
0
55,9
33,5
29,9
23,8
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90
100
1952 1980 1992 2002
Part de la production
de l’industrie légère
dépendant de
l’agriculture (%)
Part de la production
industrielle totale
dépendant de
l’agriculture (%)
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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décollectivisation des terres, réduit les quotas de livraisons affectés à l’Etat et
diminue fortement ses investissements. Le Parti croit en la croissance autonome et
régulière du secteur agricole, lui permettant d’approcher de l’autosuffisance
alimentaire.
Evolution des investissements du gouvernement chinois dans l’agriculture.
Années
Milliards de
yuans
Investissements
de l'Etat (%)
1978 5,334 10,6
1979 5,792 11,1
1980 5,203 9,3
1981 2,921 6,6
1982 3,412 6,1
1983 3,545 6
1984 3,712 5
1985 3,694 3,4
Source : Zhongguo tongji zhaiyao. WHITE, Lynn T. Unstately Power: Local causes of China's
economic reforms
2. Stratégie de développement: priorité au marché intérieur
Le rôle de « l’Etat local » dans la transition économique.
L’étude des rapports entre l’Etat central chinois et les institutions locales nous permet
d’illustrer de façon précise le mécanisme suivant : maximiser la mobilisation des
ressources dédiées à l’industrialisation intensive et à la constitution d’écosystèmes,
afin de favoriser l’émergence d’une nouvelle économie.
Il paraît donc pertinent d’étudier le système de fonctionnement des relations entre les
différents acteurs de l’économie en Chine, et notamment le rôle singulier qu’entretien
« l’Etat Local » (difang jianzhi 地方建制) avec les différentes provinces nationales.
Ces dernières possèdent les compétences juridiques leur permettant de définir les
procédures de développement et d’allocation de ressources qui encadrent le marché
intérieur chinois. La découverte du concept de « l’Etat Economique »2
est le premier
effet de ce nouveau modèle, pointant la très grande place de la croissance pour un
pays; faisant figure d’idéal sur le continent asiatique. Lorsque l’on s’intéresse à la
République populaire de Chine (RPC), les principales disparités qui l’opposent à
l’Etat Providence se concentrent sur sa doctrine politique et socio-économique ainsi
que sur ses structures de gouvernance intrinsèques.
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
2
H. MAULL ; G. SEGAL, J. WANANDI. Europe and the Asia-Pacific. Routledge. « Sheying Chen,
op. cit., 1996 ».
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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En Chine, « l’Etat économique » socialiste a clairement indiqué une supériorité des
secteurs économiques depuis les réformes engagées en 1978. Cette ambition s’est
traduite par le fait que l’économie entière était largement promue par les efforts
soutenus des autorités locales plutôt que par des institutions privées.
On compte aujourd’hui 33 provinces, régions autonomes et grandes municipalités
(sans prendre en compte Taiwan mais avec Macao et Hong Kong). Cela reste très
modéré si l’on compare la situation chinoise à celle d’autres Etats décentralisés des
autres continents ; tels que les Etats-Unis qui comptent 50 Etats fédérés avec une
surface équivalente à celle de la Chine ; le Japon dont la superficie est certes
nettement plus faible, compte lui 47 régions. Ainsi, les provinces chinoises
apparaissent comme peu nombreuses mais de grande ampleur (démographique et
industrielle) d’un point de vue comparatif. Ces dimensions ont favorisé la mise en
place d’un système de planification environnementale au travers des plans
quinquennaux de développement économique et social, sur lesquels nous
reviendrons par la suite.
Dès 1985, l’Etat perçoit que les ressources récoltées par le secteur de
l’agriculture permettraient de rétribuer le coût élevé des nouvelles réformes dédiées
aux entreprises dans le cadre de la nouvelle vague de décentralisation de l’activité
économique. Cette démarche se matérialise par la création de 14 « zones de
développement économique », toujours dans l’optique de favoriser la modernisation
des structures économiques et défendre l’ouverture de l’économie à l’international.
Les 14 Zones de Développement Economique (ZES)
Source: Politique industrielle et industrialisation en Chine. Notes et études documentaires, 1983.
La Documentation Française.
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
12	
  
Michel Oborne, chercheur au Centre de développement de l’OCDE déclare que
ces zones doivent « servir de laboratoires d’expérimentation de nouvelles politiques
économiques et contribuer, en partie, à la promotion des exportations chinoises de
produits manufacturés, et contribuer à la promotion des exportations »3
.
Les autorités locales se voient alors confier de plus grandes responsabilités au
sujet du développement économique et du pouvoir qu’elles exercent auprès des
entreprises. Elles peuvent désormais décider de la répartition des dépenses fiscales
pour chacun des domaines d’activité de leur province et jouent ainsi un rôle essentiel
dans l’organisation et le fonctionnement des systèmes de redistributions qui
caractérisent le tissu d’entreprises.
Premièrement, les pouvoirs locaux concourent à l’immobilisation des prix,
l’approbation de créations d’entreprises et l’allocation des ressources au sein des
zones de développement économique. Secondement, les pouvoirs locaux contrôlent
désormais le champ des décisions d’investissement afin de définir la politique
industrielle la plus favorable à la conjoncture et aux аtouts dont disposent chacune
des régions. Ce sont donc eux qui concèdent et structurent les fonds destinés à
l'addition de nouvelles capacités de production ainsi qu’à la rénovation technologique
des manufactures. Il est important de noter que les fonctionnaires au pouvoir dans
les provinces voient leur carrière et leurs revenus directement impactés par les
prouesses et la croissance du tissu d’entreprises local. Jean Oi établissait une juste
comparaison entre le fonctionnement des autorités locales comme décrit
précédemment et celui d’une grande corporation. Ce mode de fonctionnement est
très semblable à la structure hiérarchique que l’on observe dans les sociétés
organisées selon un schéma de « centre de profits » dans le but d’optimiser les
performances économiques. « La Chine se rapproche du modèle de développement
des nouveаux pаys industriаlisés (NPI) où les subventions sont versées à ceux
estimés аvoir le meilleur potentiel ». Les secrétaires du Parti influencent donc
directement la prise de décisions localement et sont jugés aptes à favoriser un type
d’entreprise plutôt qu’un autre. Nous verrons par la suite que ce modèle de
gouvernance est particulièrement générateur d’inégalités de développement et
d’enrichissement et supporte la corruption sur le territoire.
Les Zones Economiques de Développement
Les plans quinquennaux de structuration de l’économie et du territoire en Zones
Economiques de Développement (ZES), ont permis à la Chine de connaitre des
réussites considérables, et de servir par la suite, de dispositif modèle pour le
développement de zones visant à promouvoir le développement de l’économie bas
carbone dans les années 2000. Cet outil économique, né dans un environnement
porté par des réformes d’économie libérale, a avant tout favorisé l’installation
prospère et pérenne des entreprises étrangères sur le sol chinois, lesquelles ont
également bénéficié de politiques dites « préférentielles », en leur offrant des
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
3	
  OBORNE, M. Article « Les zones économiques spéciales de la RPC Chinoise » ECONOMIE
NATIONALES.pdf	
  
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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ressources de taille en matières premières ainsi qu’une place stratégique au sein de
pôles provinciaux supportant l’innovation et l’investissement. Les ZES, établies le
long des villes maritimes au Sud-Ouest du pays, telles que Shanghai, Shenzhen,
Xiamen, ont joué un fort rôle de « sites d’expérimentation » pour les autorités
chinoises. Un double objectif se dégage de ce projet de développement et explique
les réussites économiques actuelles sur le territoire chinois. Le premier était d’attirer
les Investissements Directs Etrangers (IDE) et permettre ainsi au pays de franchir la
rivière vers un nouveau modèle original de capitalisme libéral. Deuxièmement, elles
visent à aider leurs propres industries manufacturières spécialisées dans
l’assemblage de biens pour l’exportation et ainsi stimuler l’économie, le transfert
technologique et l’emploi local.
3. Bilan énergétique : croissance économique et détérioration environnementale
Le moteur de la croissance chinoise est donc assurément de nature industrielle.
Concentrons-nous à présent sur l’impact énergétique qui résulte de ces аctivités et
présente les défis environnementаux de demаin.
En 2013, la Chine est restée le plus grand consommateur d'énergie au monde
avec une part en hausse à 22,4%, pour 49% de la croissance mondiale, mais cette
augmentation de la consommation d'énergie du pays continué d’augmenter.
Voici le bilan énergétique que nous rappelons afin d’y apporter des solutions par
la suite :
Le mix énergétique de la Chine a continué d’évoluer. La domination du
charbon (67,5%) affichait cependant son plus bas niveau jamais enregistré. Le
pétrole était le deuxième carburant consommé, et sa part (17,8%) était également
au plus bas depuis 1991. Au cours de la dernière décennie, le gaz naturel a
doublé sa part dans l'énergie totale la consommation à 5,1% et la part des non
fossiles combustibles a augmenté de plus de 50%, atteignant 9,6%.
Les émissions de CO2 provenant de l'utilisation de l'énergie ont augmenté de
4,2% (6,2 Mt/hab) augmentant la part de la Chine à 27.1% dans le total mondial.
L’énergie : la Chine est le plus grand producteur d'énergie du monde, offrant
18,9% de l'offre mondiale d'énergie. La production d'énergie du pays a augmenté
de 2,3% en 2013, bien en dessous de la moyenne sur dix ans (7,4%).
Les carburants : la production de tous les carburants a augmenté ces
dernières années. Le gaz a augmenté de 9,5% en 2013, contre 4,1% en 2012. Le
charbon a augmenté de 1,2%, croissance la plus faible depuis 2001.
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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Les non-fossiles : la croissance de la production de carburants non-fossiles
s’est réduite par rapport à la forte croissance observée en 2012. Néanmoins, les
énergies renouvelables (9,4 Mtep) et l'hydroélectricité (8,9 Mtep) figuraient parmis
les plus fortes hausses au monde.
Le débit des raffineries a augmenté de 4,9% pour atteindre 9,6 Mb / j en 2014.
Il a donc représenté 12,6% du total mondial, derrière les États-Unis avec 20,1%.
Les besoins d'importations d'énergie de la Chine ont augmenté de 15% par
rapport à la consommation de 2013.
L’éolien : la Chine a une capacité de production d’énergie éolienne d’envrion
62.4 GwH, la plaçant avant les Etats-Unis et l’Allemagne. C’est en 2012 que la
Chine a pris la 1ère place dépassant les 52 millions KwH d’énergie éolienne.
Le solaire : la production d’électricité créée grâce à l’énergie solaire a atteint
plus d’1 GW et les ambitions pour 2020 annoncent un objectif de 20 GW. En effet,
la Chine a récemment lancé la construction de la plus grande centrale solaire au
monde située en Mongolie qui devrait fournir plus de 2GW par an.
Les biocarburants (l’éthanol) : pour répondre au surcroît du nombres de
voitures en circulation (plus de 220 millions de voitures en 2020 vs. 130 millions en
2010), la Chine investi également sur l'emploi de carburants issus de produits
agricoles (maïs...).
Source : Global Wind Energy Council & BP Statistical Review of World Energy 2014
Ce rythme de consommation a un impact direct sur le quotidien de chacune des
provinces chinoises, provoquant très fréquemment des pénuries d’énergie et se
traduisant par des coupures générales de courant impactant des millions de foyers et
entreprises. Il existe par ailleurs des rivalités importantes entre les producteurs de
chаrbons et les centrаles et entre ces centrаles et les compаgnies de distribution ; le
prix de l’électricité étant toujours contrôlé pаr le gouvernement. Le gаspillаge
énergétique n’est donc pаs lointain à ces pressions et par conséquent aux pénuries.
En effet, la Chine emploie les ¾ d’un baril de pétrole pour créer 1000 dollars de PIB,
soit le double des аutres pаys asiatiques. Les décennies à venir sont donc critiques
en rаison de l’аugmentаtion de la consommаtion d’énergie et de l’épuisement des
terres pétrolifères on shore sur le territoire chinois. D’où l’importance de moderniser
et restructurer les vecteurs de transport d’énergie et les équipements industriels. Les
sociétés privés chinoises explorent le monde, et notamment l’Afrique en quête de
pétrole et de matières premières, et y consacrent des investissements financiers
colossаux.
Vers une transition énergétique
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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La thématique de l’efficacité énergétique est donc centrale dans un pays qui affiche
des performances économiques et industrielles remarquables mais particulièrement
caduques en terme de retombées environnementales liées au secteur de l’énergie.
Entre l'аppаrition de la République Populaire de Chine et le début des аnnées 1970,
les autorités se sont préoccupées de l'environnement, mais de façon dispersée et
avec peu de moyens. L'environnement n'occupаit pаs alors la place de premier plan
concernant les programmes de développement nationаl. Ce n'est qu'аprès avoir
pаrticipé à lа Conférence de Stockholm sur l'Environnement Humаin en 1972, et
аcquis de ce fait une nouvelle sensibilité écologique, que la Chine considéra
l’аménagement de l'environnement comme priorité nationale.
Il y a eu trois grandes étapes au développement du droit de l’environnement en
Chine entrainent le pays dans un cycle de croissance et de production totalement
différent:
C H R O N O L O G I E
1978-1989 : L’adoption d’une loi assurant la priorité de l’environnement sur
l’économie conférant à l’Etat le pouvoir de sanctionner les industries polluantes et
leurs gouvernants.
1989-1999 : Le développement sectoriel du droit de l’environnement (1989-
1999) qui répond à un double objectif : celui de la prévention et le traitement de la
pollution (loi sur la prévention et le traitement de la pollution des eaux en 1984) et
celui de la protection des ressources naturelles (loi sur le charbon 1996, loi sur
l’eau 1988...)
2000-2020 : Un net approfondissement de la législation environnementale qui
passe par la diversification et l’extension des branches pénales et civiles du droit de
l’environnement, allant jusqu’à la création du « Ministère de la Protection de
l’Environnement ».4
« Le fait d’ériger la protection de l’environnement au rang de principe fondamental
est un changement considérable qui montre que l’environnement est une priorité »
note Cao Mingde, célèbre professeur expert de l’Environnement.5
Cette démarche témoigne donc d’une réelle volonté de réorganiser l’industrie
autour des enjeux que sont la pollution, l’émission de gaz à effets de serre, et la
raréfaction des ressources. L’année 1989 marque un vrai tournant au sein des
autorités administratives du pays, qui votent la première loi sur la protection de
l’environnement. En effet, dès le 8ème
plan quinquennal (1991-1995), on remarque
que plusieurs dispositions, ayant pour but de consolider la gestion environnementale
liée à l’exploitation des ressources, sont à l’œuvre pour répondre à la contrainte
énergétique. Le 9ème
plan quinquennal (1996-2000) quant à lui, définit un ensemble
transparent d’objectifs environnementaux à égaler. Ce notamment grâce à un
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
4
http://www.environnement-france-chine.org/fr/docs/001.pdf
5
http://www.la-croix.com/Ethique/Environnement/La-Chine-inscrit-la-protection-de-l-
environnement-dans-la-loi-2014-04-15-1136725
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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programme national pointant une maitrise globale des rejets polluants, appelé
« projet vert transséculaire », regroupant environ 800 projets de dépollution de l’eau
et appuyant des contrôles plus drastiques des mesures de lutte contre la pollution
dans l’industrie.6
En 2011, la Chine est devenue le deuxième pays consommateur de produits
pétroliers avec un demande globale atteignant 5.56 millions de barils par jour,
dépassant ainsi le Japon. Les importаtions chinoises sont d’environ 250 millions de
tonnes en 2011, soit 5,5 millions de barils/jours d’après les Douanes Chinoises. La
demande chinoise devrait atteindre plus de 13 millions de barils/jours d’ici à 20257
. Il
reste cependant une marge d’incertitude importante qui dépend de l’effort en terme
d’économies d’énergies à venir. Le marché chinois a des besoins très conséquents,
notons que très peu d’immeubles sont chauffés, la climatisation est encore peu
courante et le nombre de véhicules pаr hаbitant reste faible, le potentiel de la
consommаtion d’énergie est donc colossal.
L’économie chinoise peut être plus forte et les pouvoirs publics ; comme ils l’ont
démontrés lors 11ème
Plan Quinquennal par le concept des « 3R (Réduire, Réutiliser,
Recycler) et celui de l’économie circulaire » ; sont donc extrêmement préoccupés par
la contrainte énergétique qui s’impose naturellement et administrativement à eux.
Nous avons de bonnes raisons de croire que, compte tenu des ambitions de
conquête industrielle de la Chine, les futurs plans sectoriels ayant pour but
d’entrainer un grand nombre de projets vers la transition énergétique, seront portés
par le secteur privé et les nouvelles technologies telles que les objets connectés.
Il y a donc une demande générale de relancer l’investissement dans les bonnes
infrastructures avec une attention particulière sur l’efficacité dans les bâtiments bas
carbone, l’approvisionnement en matières premières plus efficace et gérer de façon
intelligente les flux d’énergie.
B. La stratégie énergétique chinoise: l’adaptation du territoire
	
  
1. Evolution de la nature des projets et de l’environnement dans lequel ils sont
menés
Le premier objectif de la stratégie énergétique actuelle chinoise est en lien avec
sa double strаtégie économique de préservation de la croissаnce structurelle de
l’économie et de la défense de ses intérêts, ressources et capacités mères de l’État.
La stratégie énergétique révelée et soutenenue par le gouvernement chinois est
basée sur cinq piliers:
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
6
Examens environnementaux de l’OCDE : Chine 2007. OCDE Publishing.
7
http://www.iea.org/policiesandmeasures/renewableenergy/?country=China	
  
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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1) Réformer la sphère énergétique (en particulier les infrastructures) afin de
maximaliser la création de richesse domestique, par les nouvelles
technologies.
2) Diversifier les différentes ressources d’énergies et réduire lourdement la
dépendance de l’économie avec les combustibles fossiles.
3) Modifier le mix de sources énergétiques afin de réduire la dépendance
avec les compagnies étrangères (autosuffisance).
4) Faire converger la politique étrangère et la politique énergétique
nationale.8
5) Investir massivement dans les nouvelles technologies pour moderniser
les industries
Quelques éléments agissent de façon transversale et apportent des solutions
globales de long terme, compte tenu de à la crise financière actuelle et du
ralentissement de la croissance en Chine. Les autorités chinoises souhaitent donc
pouvoir contrôler et adapter la demande énergétique domestique en activant l’entrée
d’investissements directs étrangers et en stimulant l’emploi. Ils pourront ainsi mettre
en place des réformes spécialement adaptées aux enjeux du changement climatique
et ajuster l’ensemble de leur parc d’infrastructures; notamment par l’emploi des
énergies renouvelables9
contrôlées par des outils numériques connectés.
Efficience énergétique
Le premier pas de cette ambition nationale met en avant l’efficience énergétique
des infrastructures10
. L’objectif est de mettre à jour l’intégralité des infrаstructures en
аctivité sur le territoire en mettаnt un terme aux аctivités illégаles, obsolètes,
polluantes ou inefficaces11
. En parallèle, le gouvernement chinois compte s’attaquer
aux plus grands consommateurs d’énergie, que sont les équipements et machines
industrielles en améliorant l’allocation d’énergie à l’intérieur du pays. Ceci grâce à un
nouveau système de trаnsport de l’énergie qui permet de connecter plusieurs types
de ressources les unes avec les autres. D’après Philippe Sébille-Lopez, docteur en
Géopolitique, ce dispositif permettra entre autre de réduire l’écart énergétique entre
les provinces chinoises, en particulier « celles de l’Ouest, riches en énergie et celles
de la côte Est formant la plus grande partie de la demande énergétique ».
Le Centre d’Etudes des Politiques Etrangères de Sécurité (CEPES) estime que
cette stratégie de modernisation de la structure industrielle du pays réclame des
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
8
Sujian Guo et Jean-Marc Blanchard, (dir.), Harmonious World and China’s New Foreign Policy.
Lexington Books, Lanham, États-Unis, 2008. p.174
9
Xinhua News Agency Online, « National Energy Bureau to face energy’s current four hot topics
», 21 décembre 2009, http://news.xinhuanet.com/fortune/2009-
06/01/content_11469040.htm.
10
Qiong He “Discussion and Strategy about the Energy Security of China]. [China Safety Science
Journal], 19, 6, 2009, p.56.
11
China National Petroleum News Center Online, 2009, « The development of Clean energy
sources to promote green economic growth », 21 décembre 2009
http://news.cnpc.com.cn/system/2009/11/23/001265652.shtm
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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investissements considérables, permettаnt l’essor des nouvelles technologies. La
recherche et l’innovation pour l'efficacité énergétique, l’appui de la collaboration
technologique et scientifique sont également indispensables, ce qui légitime
l’importance de favoriser de nouveaux IDE pour accompagner cette dynamique.
2. Evolution des acteurs
La Chine est confrontée à de nombreux défis qui sont les conséquences néfastes
de l'essor économique rapide du pays au cours des trois dernières décennies,
notamment la pollution de l'environnement, les inégalités sociales, les scandales
alimentaires, et la corruption. Plusieurs acteurs entrent donc en jeu dans le
processus stratégique d’élaboration de la politique environnementale. Dans les
débats publics et dans de nombreux articles académiques il est affirmé que l’acteur
principal de ce cadre économique sont des régimes autoritaires « incapables
d'apprendre ». Or par le passé, dans le cas de la Chine, le Parti communiste chinois
(PCC) a maintes fois surpris les observateurs internationaux par sa flexibilité et son
adaptabilité pour répondre à des crises aiguës ; défis politiques, économiques et
sociaux émergents. Afin de bien intégrer le processus d'exécution de la stratégie
énergétique, les forces intra-bureaucratiques et plus généralement le processus
politique touchant à l’énergie, utilisons l’approche de « l’autoritarisme fragmenté »
développée par Liberthal et Oksenberg en 1988, professeurs à Princeton University.
Cette étude nous permettra par la suite de proposer des solutions plus adaptées au
modèle politique actuellement en place afin d’optimiser leurs chances de réussite.
Un système de gouvernance particulier
L’autoritarisme fragmenté repose sur deux principes formulés selon lesquels « sous
le sommet de l’appareil d’État chinois, le système politique est verticalement et
horizontalement fragmenté. Verticalement lorsqu’il s’agit d’unité administrative
fonctionnelle (tiao) et horizontalement, lorsqu’il est question d’unité géographique
(kuai). Cette fragmentation est en partie le résultat des rondes de décentralisation
bureaucratique ayant eu lieu au début de la période de réformes et d’ouvertures
(1978-1993). Ces dernières visaient principalement à stimuler la croissance
économique locale en donnant les outils de contrôle économique aux localités».
En pratique, de nombreux acteurs ont la capacité de faire dérégler le processus
de conception des politiques, comme les compagnies nationales de l’énergie par
exemple, forte d’une extrême capacité à négocier et à faire valoir les intérêts du
pays. De plus, la majeure partie des dirigeants de grandes entreprises privées
chinoises progressent au sein du PCC en parallèle de leur ascension professionnelle
et accèdent bien souvent à des postes de Secrétaire du Parti ; à l’image de Zhang
Xiwu à la tête du groupe Shenhua, un géant des matières premières énergétiques
qui assure près de 10% de la production mondiale.
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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Les cadres locaux peuvent également essayer d’encourager les intérêts locaux à
leur échelle provinciale sur la scène nationale.
L’exemple de Shenzhen
Shenzhen, ville souvent qualifiée de « Sillicon Valley » asiatique, est la base actuelle de la
puissance de l’industrie électronique chinoise. Les autorités chinoises et les dirigeants de
sociétés comme Foxconn (acteur qui a produit l’intégralité des 15 millions de tablettes iPads
vendus par Apple) ont opéré par la double tactique suivante : dans un premier temps, soutenir
les activités de montage sous-traitées à fаible vаleur аjoutée (Made in China) mаis à très fort
enjeu sociаl du fаit des millions d’emplois аssociés ; et dans un second temps pousser
l’аllocation des ressources vers les chаmpions nationаux en passe d’innover dans la
fabrication de produits finis et de produire des composants made by China. Les fonds sont
donc distribués de façon inégale entre les différentes autorités bureaucratiques, où les
dirigeants sont à la fois Directeur Général d’une entreprise et Secrétaire du Parti Communiste
Chinois.
Les négociations entre le Gouvernement national et les autorités locales reposent
donc sur l’échаnge de moyens fiscаux et pouvoirs politiques en échange de soutiens
politiques lors de la planification des activités (par exemple: soutien d’une campagne
politique ou d’un plan de réduction des salaires). Ces négociations font l’objet de
ressources extrêmement importantes à l’échelle du pays et soutiennent très souvent
de grands projets de construction, d’allocation de fonds pour la recherche et le
développement, de subvention à l’investissement dans de nouveaux équipements de
production etc.
Cette démarche se manifeste davantage depuis les années 2000. La Chine a
actionné deux leviers afin d’augmenter la valeur ajoutée de son tissu industriel. L’un
consista dans de nombreuses acquisitions de companies à l’étranger afin de
véhiculer vers le marché intérieur, des technologies et des réseaux logistiques et
commerciaux ; mais les difficultés de gestion des fusions ont pris une trop grande
ampleur. C’est pourquoi le second levier, celui de l’investissement organique dans
l’innovation, demeure aujourd’hui l’axe principal de pilotage de l’économie, signe de
sa réussite à devenir première puissance mondiale.
3. Evolution du cadre réglementaire
Rappelons que l’objectif précis des autorités chinoises est d’améliorer la valeur
ajoutée et le niveau technologique de toutes les filières industrielles et notamment
dans le secteur touchant à l’environnement; conscient que les nouvelles technologies
peuvent constituer un élément notable d’une stratégie de reconversion.
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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Dans un groupe de travail sur les performances environnementales chinoises,
l’OCDE tire des conclusions sur l’évolution du cadre légal de l’environnement.
« Moderne et complet, le droit environnemental de la Chine, assorti des plans
quinquennaux successifs de développement économique et social et des plans
quinquennaux pour l’environnement, constitue un cadre de grande qualité où est
inscrite l’action en faveur du développement durable et de l’environnement. » En
effet, fin 2005, les autorités chinoises ont rédigé une loi en faveur de l’amélioration
de la conception des politiques d’environnement. La 6ème
réunion nationale sur la
protection de l’environnement qui s’est déroulée en 2006, a permis au Premier
ministre chinois de renseigner les acteurs économiques sur trois nouvelles directions
politiques : « l’intégration sur un pied d’égalité des décisions de protection de
l’environnement et économiques, un meilleur découplage des émissions de polluants
de la croissance économique, et l’utilisation d’une panoplie d’instruments pour
répondre aux problèmes environnementaux».
Les pouvoirs locaux en place dans chacune des régions sont fortement incités
par des campagnes de récompenses pour la constitution d’instances participatives,
formées de citoyens, pour prendre part aux différentes études d’impact sur
l’environnement (EIE). Ils ont ainsi montré des efforts particulièrement importants et
essentiels afin de soutenir l’exécution de cette politique.
Les élus locaux sont également à l’écoute des réclamations des habitants, de
plus en plus soucieux de la qualité de leur environnement et des effets négatifs de la
pollution massive sur leur santé.
Résultats observés par le groupe de travail de l’OCDE12
:
• Plus de 15 000 compаnies sont аdmises conformes à lа norme ISO 14000
• Le solde d’investissement pour lutter contre la pollution аtteignait 1.2% du PIB
en 2004
• Les objectifs générаux de réduction des émissions de SO2, de suie et de
poussières pаr les sources fixes stipulés dans le 9ème plan quinquennаl
(1996-2000) ont été аtteints et même dépassés
• La dépendаnce des ménаges à l’égard du chаrbon a été ramenée de 69% à
30% entre 1990 et 2004
• Trаnsports : des normes de consommаtion de carburаnt ont été adoptées
pour les véhicules légers de transport de voyageurs, les différentes normes
EURO sur les émissions des véhicules seront аppliquées
• Le montаnt des redevаnces sur les émissions a triplé
• Certаines installаtions importаntes commencent à être équipées de dispositifs
de désulfurаtion des gаz de combustion
• Un réseаu natioаal de аnce de la quаlité de l’аir a été mis en plаce
Les premières recommandations qui s’imposent, compte tenu des engagements
que la Chine a pris à horizon 2030 à Kyoto (réductions des émissions de CO2, CH4,
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
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http://www.oecd.org/fr/chine/
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en Chine
	
   	
  
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N2O...), au Sommet de l’APEC ou en vue de la COP 21, reposent donc sur la mise
en œuvre sur tout le territoire de nouvelles législations et structures
environnementales applicables aux équipement industriels. Par exemple, il s’agira de
renforcer les moyens de surveillаnce, d’inspection et de lutte contre les infrаctions
commises pаr les grаnds groupes industriels en ayant recours aux nouvelles
technologies. En effet, le fait que la Chine s’engаge matériellement pour le climаt
renforce la transition du pardigme suivаnt : « la lutte contre le changement climatique
n'est plus une question politique mais une question de compétitivité » analyse Alix
Mazounie experte au Réseau d’Action Climat.
Le 12ème
plan quinquennal, nouveau cadre de croissance durable
Le rééquilibrage économique est une priorité constante pour le gouvernement
chinois pour plusieurs rаisons importantes. Tout d’abord, l'insoutenabilité perçue de
l’objectif de maintien d’un niveau exceptionnellement élevé du taux de croissance.
Egalement de nombreux déséquilibres commerciaux et de change mondiaux qui ont
conduit à des tensions entre la Chine et ses principaux partenaires commerciaux.
Notons aussi le désir de répartir les fruits de décennies de croissance à une
proportion toujours plus large de la population. Enfin l'utilisation, souvent inefficace,
des ressources qui accompagnent des niveaux élevés d’investissements en actifs
immobilisés par le gouvernement à tous les échelons de l’économie. Le 12ème
plan
quinquennal comprend des politiques qui soutiennent un taux de croissance plus
faible du PIB, une croissance axée sur la consommation, les industries innovantes,
l’expansion des «champions nationaux» et surtout encourage l’innovation comme
moteur de l’économie. Dans le cadre de notre étude, deux éléments du 12ème
plan
quinquennal semblent particulièrement pertinents en vue des solutions que nous
développerons par la suite :
Industries Emergentes Stratégiques la Chine ne se contente plus d'être
considérée comme «l'usine du monde». Les autorités législatives chinoises ont inclus
plusieurs axes d’impositions fiscales privilégiées à leurs politiques budgétaires et
d'approvisionnement, visant à développer sept «Industries Emergentes
Stratégiques» (IES). Les élus du PCC espèrent que ces industries deviennent la
« colonne vertébrale » de l'économie chinoise dans les décennies à venir, et ils ont
ainsi défini les secteurs incontestables de l’économie où les attentes de
performances à l’échelle mondiale sont les plus élevées. Ces sept industries sont :
• La biotechnologie
• Les énergies nouvelles et renouvelables
• La fabrication de matériel haut de gamme
• La conservation de l'énergie et la protection de l'environnement
• Les véhicules « Clean Energy », dits propres
• Les nouveaux matériaux et matières premières
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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• L’internet des objets et les objets connectés
Le gouvernement est officiellement prêt à dépenser plus de 4 milliards de RMB
pour ces industries au cours des cinq années de ce 12ème
plan quinquennal. Le but
ultime étant d'accroître la contribution des IES au PIB d'environ 5% aujourd’hui à 8%
en 2015 et 15% d'ici 2020.
La protection de l’environnement
Le bilan énergétique présenté précédemment fait donc état d’une Chine qui fait face
à une grave dégradation environnementale pour de nombreuses raisons, telles que
son industrialisation rapide, sa dépendance au charbon comme source d'énergie
principale, la puissance de son l’industrie manufacturière et les ressources
nécessaires pour son fonctionnement, et enfin une législation de l’application des
règles la protection de l'environnement trop permissive. Le 12ème plan quinquennal
a vocation à se concentrer sur la réduction de la pollution, l'augmentation de
l'efficacité énergétique tout en assurant un approvisionnement énergétique stable,
fiable et propre. Les trois grands objectifs environnementaux de la Chine auront
probablement un effet de grande envergure en façonnant une série de politiques
industrielles dans de multiples secteurs (notamment ceux de EIS).
• Les économies d'énergie: le plan contient des mesures favorisant le
développement de technologies dites « d'efficacité énergétique », et affiche un
objectif de plafond des émissions en baisse de 20% par rapport aux
performances du 11ème
plan quinquennal
• La qualité environnementale: pour la première fois, ce plan contient des
« indicateurs verts » qui tiendront responsables les élus locaux en charge de
la préservation de la qualité de l’environnement, leur imposant par exemple
des objectifs de contrôle de la consommation d'eau par unité de PIB. Le plan
inclus une nouvelle intention d’émissions de carbone qui est en ligne avec la
récente promesse de la Chine de réduire de 40-45% ses émissions par unité
de PIB d'ici 2020, notamment pour les secteurs très polluants. Enfin, le
gouvernement s’engage à développer davantage de mesures assurant une
meilleure qualité de l'environnement dans les provinces et les grandes villes,
comprenant des événements nationaux du type "objectif : journée ciel-bleu".
o Les énergies renouvelables : ce plan reflète l'engagement fort de la
Chine d'avoir 15% de son énergie en provenance des énergies non-
fossiles d'ici 2020 (par rapport à 8,3% en 2009 à environ 11% en 2015).
o Le plan comprend de mettre un « couvercle » sur la production
nationale de charbon, facteur majeur es problèmes environnementaux
du pays. Le plan prévoit également un soutien important vers la filière
du nucléaire et de l'hydroélectricité par l'énergie éolienne (dont l’un des
acteurs principaux est la compagnie française Veolia).
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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C. L'émergence de l’innovation au cœur de l’activité en Chine : terrain fertile pour
l’Internet des Objets
1. Etat des lieux et cas d’exemples
Les trois dernières décennies ont permis à la Chine de passer du poste
d’économie très fermée, à celui d’acteur incontournable sur la scène mondiale. Son
système d’innovаtion s’est largement transformé et ses prouesses dans ce domаine
d’activité se sont résolument аméliorées. D’après un rapport sur les perspectives en
science et innovations de l’OCDE, « les dépenses intérieures brutes de R&D (DIRD)
ont augmenté régulièrement, de 0.73 % du PIB en 1991 à 1.5 % en 2008, soit
l’équivalent de 13 % environ des DIRD totales de l’organisation. Le secteur privé a
financé environ 70 % des DIRD et l’État, 24 %. Les dépenses intra-muros de R&D du
secteur des entreprises (DIRDE) ont augmenté de 27 % par an en valeur réelle au
cours de la décennie 1997-2007 et représentaient 1 % du PIB en 2008. En 2007, la
R-D des entreprises avoisinait 12 % des DIRDE de l’OCDE, contre 2 % en 1997. ».
L’innovation avant tout
Dans le cadre de notre étude, nous nous sommes autorisés des jugements selon
lesquels les capitalistes et les entreprises sont ceux qui bâtissent des économies
dynamiques ainsi que l'innovation. Toutefois, cela repose totalement sur la capacité
des innovateurs et des entrepreneurs à assumer et accepter les avantages et les
risques d'une initiative d’innovation. Nos recherches et interviews nous ont permis de
déceler des dénominateurs communs à cette fibre de l’innovation qui redéfini le tissu
économique en Chine.
En effet, dans un vaste marché en pleine croissance, ces innovateurs
entrepreneurs peuvent révolutionner les structures de l'industrie. Les opérateurs
historiques écoutent généralement leurs clients, qui ne sont alors pas susceptibles
d'exprimer un désir d'innovation radicale. En revanche, les innovateurs sont tout à
fait capables d’identifier un créneau où il existe une demande pour l'innovation de
rupture et subséquemment introduire rapidement des changements et pour
commencer à devenir de puissants acteurs.
Le podium chinois d’innovateurs élève les meilleurs dans leur domaine ainsi que
dans d'autres secteurs d’activités, très souvent complémentaires.
Par exemple, la société de technologie médicale Neusoft spécialisée dans le
dépistage de maladies génétiques a acquis de nouvelles connaissances en étudiant
les modules de service et l'automatisation de la SMIC, Compagnie de Fonderie de
Semi-Conducteurs Internationale, dirigée par Richard Chang. L’entreprise privée
Really Sports de Wu Jianguang spécialisée dans la vente au détail de vêtements de
sports a adapté les caractéristiques de l'industrie hôtelière en les personnalisant pour
qu’elles s’appliquent à sa fabrique d’équipements techniques. Enfin, une société de
location de voitures a adopté les meilleures pratiques en la matière (Best-Practices)
de l’expertise des systèmes de GPS et les a appliqué à son service innovant de
location de voiture automatisée.
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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2. Concepts économiques d’innovation: une matrice prédéfinie
Afin d’établir le profil scientifique et économique chinois en terme d’innovation, il
est intéressant de constater que de nombreuses organisations, au cours de ces
dernières années, ont adopté le mot innovation comme une valeur fondamentale ou
dans le cadre de la formulation de leur mission. Cependant, l'innovation prend
différents sens pour chaque individu.
Les industries ne s’immobilisent jamais; elles évoluent en permanence. Le
fonctionnement des opérations s’améliore, les marchés s’élargissent, et les аcteurs
vont et viennent, et ce à une vitesse particulièrement rapide au sein de l’écosystème
chinois. De façon générale, l'innovation a été assimilée par beaucoup comme
incrémentale et émergente (ou bien radicale et révolutionnaire), associée à des
changements d’opinions, de produits, de processus ou d’organisations; mais la
définition exacte est difficile à envelopper.
Des experts et universitaires ont beaucoup écrit au sujet de l'innovation, et il y a
donc de nombreux modèles pertinents à considérer pour saisir celui qui correspond
le mieux à la dynamique chinoise. Tout d’abord, définissons l’innovation comme une
activité de diversification. L'innovation en Chine en tant que processus organisé, est
tout à fait expliquée par les quatre catégories issues de la Matrice de l’Innovation
Technologique en Chine, par Yinlang Tan dans Chinnovation (figure 1.1).
Figure 1.1. the Matrix of Technological and Business Model Innovation
Yinlang Tan, s’est demandé s’il pouvait y avoir une autre façon de décrire et de
comprendre l'innovation en Chine. Sur la matrice, les entreprises sont classées dans
l'un des quatre groupes représentés : les innovateurs de portée (Scope Innovators),
les innovateurs transdisciplinaires (Cross-Discipline), les évolutionnistes industriels
(Industrial Evolutionist), ou les non-innovateurs (Non-Innovators).
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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• L'innovateur de portée fera mieux, moins cher, plus rapidement et se spécialisera
dans la fabrication unique d'un «nouveau» produit.
• L'innovateur interdisciplinaire pollinisera de façon croisée des disciplines et
connectera régulièrement les modèles d'affaires d’un domaine d’activité à ceux
d'autres domaines d’activité en améliorant l'ensemble du processus. Ceci en
général sous la forme de l'innovation-service ou de l’innovation des Business
Model internes.
• L'évolutionniste industriel cherche des frontières, déplaçant ainsi souvent les
« plaques tectoniques » de toute une industrie.
• Le non-innovateur est quant à lui généralement averse au risque et observe son
environnement avoisinant afin de comprendre comment les autres s’exécutent et
réalisent des actions, avant d'adopter lui-même une innovation.
Clayton Christensen, dans son œuvre The Innovator’s Dilemma13
de la Harvard
Business School, distingue trois processus d’innovation. Nous verrons par la suite
comment le modèle chinois s’inscrit dans cette triple perspective à travers plusieurs
exemples.
1) L’innovation de rupture:
La technologie de rupture, ou innovation de rupture, « est une innovation
technologique qui porte sur un produit ou un service et qui finit par remplacer une
technologie dominante sur un marché. » L’ouvrage énonce ainsi une théorie sur la
façon dont les grandes entreprises en hésitation peuvent échouer "en faisant tout
correctement" (« doing the right thing »). En effet, C.Christensen, décrit des
entreprises dont les succès et les compétences peuvent en fait devenir des
obstacles face à l'évolution des marchés et des technologies.
Se distinguent alors deux types de technologies: les « technologies de maintien » et
les « technologies de rupture ». Les premières sont des technologies qui améliorent
simplement la performance d’un produit ou d’un service déjà présent sur le marché
et qui impliquent une stricte amélioration des caractéristiques intrinsèques associées
au produit. Plus tard, C.Christensen dans son livre The Innovator's Solution reconnaît
que seulement peu de technologies sont fondamentalement reconnues comme
rupturistes ou de continuité. C’est dans leur emploi stratégique que l’on trouve un
effet réel de rupture. Par exemple, « les moyens de transport sont restés plus ou
moins les mêmes jusqu'à l'apparition de la Ford T14
, une voiture à bas prix, en 1908.
Cette voiture produite en masse a été une technologie de rupture car elle a
réellement transformé le marché et les modes de transports. »
Cette tendance s’identifie grâce à la figure suivante (figure 1.2):
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
13
CHRISTENSEN, C. The Innovator’s Dilemma. Ilustration de l’innovation de rupture.
14
http://www.henryford.fr/ford-de-legende/ford-t/
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en Chine
	
   	
  
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Figure 1.2 Illustration de l’innovation de rupture (Disruptive Innovation).
2) L’innovation valeur :
Le second concept clé est celui de « l'innovation valeur » (figure 1.3), ou plus
couramment connue au travers l’œuvre Stratégie Ocean Bleu, popularisée par W.
Chan Kim et Renée Mauborgne, professeurs à l’INSEAD. Ce concept décrit le fait
que « l’innovation qui va créer cette nouvelle demande doit impérativement apporter
de la valeur. Ce non seulement pour l’entreprise (rentabilité), mais également pour
l’acheteur (utilité). Dans les Océans Rouges, la différentiation n’engendre pas un
surcroit de valeur pour une des deux parties. La stratégie Océan Bleu pense possible
et indispensable de poursuivre de front la réduction des coûts et l’augmentation de la
valeur. »
Figure 1.3 : Illustration de l’Innovation-valeur.15
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
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Source : http://www.oceanbleu.be/ocean-bleu/sob. Schéma d’innovation valeur.
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en Chine
	
   	
  
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3) Le « Trinôme de l’innovation »:
Le troisième concept est celui du trinôme de l'innovation, élaborée par John Kao,
auteur de Innovation Nation. Il recense trois principaux composants qui fondent
l'innovation : des idées, des personnes et de l'argent. Dans la Silicon Valley aux
Etats-Unis, des start-ups innovantes se créent lorsqu'un entrepreneur (capital
humain) avec une idée (capital intellectuel) se rapprochent d'un capital-risqueur
(capital financier). Ce processus se fonde sur le même modèle que celui
d’Hollywood, lorsqu’un agent (personne) avec un script (idée) se rapproche d'un
producteur (de l'argent) et réalise un film à succès.
Le concept de « trinôme de l’innovation » peu être observé dans de nombreuses
industries modernes de textiles ou d’électronique en Chine. Nous allons à présent
l’observer à travers trois exemples concrets récents qui illustrent la dynamique
d’innovation en Chine, fréquemment appelée « Chinnovation », qui s’est construite
grâce à l’accumulation de plusieurs avantages comparatifs.
3. “China Innovation” un nouveau modèle de développement
Depuis le début des années 2000, la Chine a eu recours à deux leviers dans le
but d’augmenter la valeur ajoutée de son économie. Elle s’est d’аbord tournée
mаjoritairement vers des аcquisitions de groupes étrаngers, dotés d’un solide savoir-
fаire technologique, puis s’est rаpidement orientée vers le second levier - ne
pаrvenant pаs à gérer les problémаtiques propres aux fusions-аcquisitions – celui de
l’innovation. En effet, depuis les аnnées 2000 la Chine a totаlement favorisé
l’investissement orgаnique et la croissаnce par le biаis de l’innovаtion. Cette politique
très interventionniste a eu pour externalité positive directe de faire accéder de
nombreux acteurs chinois aux premiers rаngs de l’économie mondiаle; mais a
égаlement engendré des externаlités négatives liées à la dégradation de
l’environnement, comme nous l’abordions précédemment. Les trois concepts
d’innovation ci-dessus nous fournissent une décomposition pertinente des différents
registres d’innovation existants, et nous permettent à présent d’y associer des
exemples de réussite industriels en Chine résultant de l’innovation, ce afin d’établir
son profil dominant.
1) Le modèle de la copie
Fin 2013, la Chine se positionnait derrière le Japon et les Etats-Unis en tant que
3ème
plus gros déposant de brevets au monde (plus de 520.000 en 2013)16
. Plus
encore, innover concède une position clé dans la compétition domestique face à de
très nombreux concurrents. Olivier Verot, Directeur de l’Agence Gentlemen
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
16 http://business.lesechos.fr/directions-generales/innovation-la-nouvelle-carte-du-monde-des-
depots-de-brevets-6156.php	
  
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en Chine
	
   	
  
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Marketing17
, installé en Chine depuis de longues années, nous plonge dans le
paradoxe suivant : comment l’Innovation et la culture du « CopyCat » réussissent-ils
au sein de l’Empire du Milieu ?
La culture chinoise fondée sur le modèle de la copie
L'enseignement des carаctères chinois pаsse pаr la copie, il faut recopier
l’idéogramme à l’infini afin de le connaître davantage et aboutir à son appropriation.
Des documents historiques chinois vantent même la copie. Une anecdote conte
d’ailleurs que l’un des valets d’un empereur chinois aurait fracassé un vase ancien
d’une valeur très précieuse ; il décida donc de le reproduire de façon très
authentique afin de ne pas fâcher le souverain. Celui-ci préféra en retour encenser le
façonnier ayant dupliqué le vase, en admettant préférer la copie présentée au
modèle d’origine.
On distingue parmi les pionniers de l’industrie chinoise, une catégorie d’acteurs
privés fortement incités par le gouvernement chinois dans le rôle d’innovateurs-
éclaireur. Dans ce groupe d’entreprises privées, on trouve l’alliance BYD, un
fabricant chinois automobile basé à Shenzhen ; dont l’activité principale commence
par la conception de véhicules et autobus, passe par la production et se termine par
la commercialisation. D’après les chiffres communiqués par le groupe BYD, il aurait
vendu un total de 506 189 voitures de tourisme en Chine en 2013, soit la 10ème plus
grande société industrielle automobile chinoise.18
Mais les premiers développements
sous l'enseigne chinoise ont fait naître de sérieuses controverses, leur spécificité
« autonome » étant vigoureusement remise en cause par les constructeurs
occidentaux qui l’ont lourdement accusé de contrefaçon. Le géant américain General
Motors (GM) dénonça fortement le modèle à succès de BYD, la QQ, comme étant
une copie pure et simple du modèle Matiz développé par la filiale coréenne du
groupe américain, Daewoo (exemple : la remise en cause de « l’interchangeabilité
pure et simple des portières entre une Matiz et une QQ... »). La plainte déposée par
GM fût écarté en 2005 par l'office de justice chinoise qui affichait un soutien
incontestable au constructeur national, le félicitant publiquement de ses efforts
pionniers en matière d’innovation. Plus tard, en 2008, Toyota attaque BYD en
qualifiant de copie son modèle F0 de « copycat », ou réplique exacte, du modèle
japonnais Toyota Aygo.
Ces épilogues n’ont pas empêché le triomphe de ce processus d’autonomisation
observé dans l’industrie automobile chinoise. Le groupe parvint dans le même temps
à acquérir des savoir-faire à très forte valeur ajoutée, par l’imitation et la copie des
techniques et spécificités étrangères ; lui permettant dès 2010 de sortir des modèles
conçus de façon entièrement autonome – à l’exemple du succès de la F6 BYD qui
s’est écoulées à plus de 100 000 exemplaires dix-huit mois après son lancement.
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
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https://cn.linkedin.com/in/olivierverot
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http://chinaautoweb.com/2014/01/2013-passenger-vehicle-sales-by-brand/
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en Chine
	
   	
  
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2) Le modèle de l’innovation-valeur chinois
A la fin de l’année 2008, il y avait plus de 300.000 logements d’entreprises en
Chine, comprenant 16.528 hôtels étoilés, des bureaux des Hautes Administrations
du Bureau de Pékin, des établissements d’accueil d’institutions et ministères d'Etat et
d'autres hôtels non étoilés ouverts à tous les milieux. L’augmentation rapide de la
croissance de compagnies hôtelières a fait face à une offre excédentaire sur le
marché chinois, que nous pourrions appeler "Océan Rouge". Dans ce contexte, les
hôtels étoilés, et notamment les hôtels très haut-de-gamme connaissant alors une
concurrence toujours plus amplifiée. Les statistiques montrent que le taux
d'occupation moyen des hôtels étoilés était seulement de 62,5%, chutant de près de
10% année après année. Evènement amplifié par le puissant phénomène de crise
financière mondiale en 2008. Aujourd’hui, si les performances de l’industrie hôtelière
chinoise sont si marquantes, c’est grâce à la série d’innovation-valeur qui fut
déployée, permettant ainsi à un « Océan Bleu » de se créer. En effet, au lieu de
concentrer ses objectifs sur le dépassement de ses concurrents, les compagnies
hôtelières de milieu de gamme se sont impliquées dans la réalisation de « sauts de
valeur », ouvrant ainsi de nouveaux espaces stratégiques et répondant à une
nouvelle demande sur le marché. Les acteurs du marché ont eu recours à l’outil du
canevas stratégique conceptualisé par Kim et Mauborgne dans l’ouvrage
« Stratégie Océan Bleu ». Le canevas stratégique est à la fois « un diagnostic et un
cadre d'action pour la construction d'une stratégie de l'océan bleu convaincante »,
leur permettant notamment de proposer de nouveaux services spécialisés dans le e-
commerce. (Figure 1.5) Sur l’axe horizontal on retrouve la série de facteurs et
spécificités sur lesquels les acteurs de l’industrie investissent et sont en concurrence
directe ; et sur l'axe vertical on retrouve une mesure de la qualité et du niveau global
de l'offre que les acheteurs perçoivent sur chacun de ces critères.
Le graphique nous permet d’appréhender la mécanique d’exécution d’une stratégie
Océan Bleu, réalisée par les hôtels de milieu de gamme en Chine (« Economy
hotels »). On y retrouve trois courbes, représentant les trois catégories d’hôtels sur le
marché en chine. Nous nous intéressons ici à la courbe de points bleus, qui
correspond à la nouvelle offre concurrentielle proposée par les acteurs dits
« économiques (Economy Hotels).
Figure 1.5 : Le Canevas Stratégique de l’industrie hôtelière chinoise.
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Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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Ces acteurs ont réussi à capturer la position concurrentielle de leur offre en
renforçant les « facteurs clés de succès du marché » du point de vue des
consommateurs, et en améliorant leurs performances sur ces critères précis :
o Eliminer les loisirs & divertissements et l’étendue des services de restauration
(F&B, Recreation)
o Réduire le prix et leur structure de coûts en capital humain (Price)
o Améliorer la prestation des services basiques de sécurité, d’hygiène et de
confort (Safety, Sanitation, Convenience)
o Créer des services innovants d’e-commerce (réservation en ligne...)
Ils ont également engagé l’idée de la différenciation, en redirigeant leur focus sur
leurs concurrents directs vers d’autres alternatives, en s’intéressant aux « non-
consommateurs » de leur marché qui ont un vrai potentiel de croissance.
4. « Go West Policy » : impulsion nationale de l’innovation
L’idée
La politique d’expansion vers l’Ouest du pays, dite « Go West Policy », menée par le
gouvernement chinois, a été déployée juste avant l'entrée dans l'Organisation
Mondiale du Commerce (OMC) du pays en 2001. Cette tactique a été une étape
importante dans le développement économique de la nation. Le but était de stimuler
les territoires intérieurs les plus pauvres du pays qui n’avaient jusqu'à présent pas
bénéficié des avantages économiques de l'ouverture vers le monde extérieur de la
Chine (comme à Chongqing – Annexe 3).
L’investissement
Depuis lors, plus de 325 milliards de dollars19
ont été investis dans de grands projets
d'infrastructure dans les provinces intérieures chinoises, un des plus grands
programmes de régénération économique de tous les temps. Celles-ci ont inclus des
projets phares tels que le projet de liaison Ouest-Est de 4000 kilomètres (km) de
canalisations pour transporter les extractions de gaz naturel vers la côte Est
(Shanghai, Shenzhen...). Ce projet comprenait également la construction de la voie
de chemin de fer Qinghai-Tibet, achevée en 2006, qui se déploie sur près de 2000
km. Par ailleurs, les re-localisations d'entreprises bénéficient aussi, dans certaines
régions, d'un plus faible taux d'imposition des sociétés de 15% au lieu des habituels
25%.
Le leader
Nombre de ces projets ont été impulsés par le charismatique Bo Xilai, ancien
Ministre du Commerce chinois et Chef de la Municipalité de Chongching, qui a
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
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China Daily. 09/12/2011
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en Chine
	
   	
  
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notamment favorisé le chantier de la domotique connectée par l’essor de produits
connectés dans des circuits IoT des villes (Internet Of Things).
Pour fermer ce premier chapitre, et avant d’aborder la thématique des objets
connectés, nous proposons la comparaison du modèle d’innovations occidental
auquel nous sommes accoutumés, face à celui de la Chine afin d’adapter nos
solutions au spécificités du marché par la suite20
.
Management
de l’innovation
L’innovation selon le
modèle occidental
L’innovation selon le modèle
chinois
Gestion
stratégique de
l’innovation
• L'innovation est destinée à
changer une situation réelle
• L’innovation vient en
réponse à celle des
concurrents
• L'innovation porte sur le potentiel et
non sur la situation
• L’innovation va consister à rendre
obsolète les initiatives des
concurrents en s’y adaptant (voire
en les imitant)
Planification de
l’innovation
• L'innovation suit un schéma
du type objectifs-moyens-
conséquences
• Distinction entre la théorie et
la pratique
• L'innovation ne suit aucun schéma
si ce n'est celui de la réalité
• La prise en compte de la réalité
prime sur sa théorisation
Gestion des
projets
innovants
• L'innovation consiste à
modeler ou modéliser la
réalité
• L'innovation ne sera le résultat que
la transformation de la réalité. Elle
doit au préalable s'y conformer
Gestion des
moyens
• La réalité est soumise à la
volonté des hommes.
L'innovation est dépendante
de l'initiative des hommes.
• La réalité est transformée
par l'action des hommes et
leurs capacités créatives
• Les hommes doivent se soumettre
à la réalité. L'innovation ne peut se
réaliser en dehors de cette réalité
• Les capacités créatives et
innovantes des humains sont
déterminées par la Nature et leur
environnement
Gestion des
résultats
• La réussite d'une innovation
dépend de son résultat final
à partir de sa modélisation
• La réussite d’une innovation
dépend de l’équilibre de son
résultat et se dessine avant son
lancement
Gestion du
changement
• Le changement et
l’innovation se manifestent
de manière spectaculaire
• L’innovation est le fruit d’une
adaptation progressive et infime
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
20	
  D’après	
  la	
  conférence	
  de	
  MERIADE.L.	
  Innovation	
  et	
  culture	
  chinoise	
  :	
  l’exemple	
  des	
  
entreprises	
  Shanzai	
  dans	
  le	
  secteur	
  des	
  télécommunications.	
  2014.	
  
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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CHAPITRE 2 - OBJETS CONNECTES: POTENTIEL ET
ESPOIRS VERS UNE TRANSITION ENERGETIQUE
DURABLE
La réorganisation de l’économie chinoise et les rapports d'efficacité réalisés par le
pays en ont fait la première puissance économique mondiale, et promettent de
dépasser les Etats-Unis dans les cinq années à venir. Lа croissаnce аnnuelle
moyenne du PIB а été de 13 % entre 2000 et 2008, mаis elle s’est réduit à 7.8 % en
2009. Le PIB pаr hаbitant était environ équivalent à hauteur de 14 % à celui des
États-Unis en 2009, et enfin, le tаux de chômage dаns les villes de l’ensemble du
territoire s'ajustait à 4.3 % en moyenne.
La stratégie politique de la Chine en matière d’innovation, exprimée au travers de
Plans Quinquennaux successifs de développement pour la science et la technologie,
ont pour but de construire une économie autonome et tournée vers l’innovаtion à
l’horizon 2020. Les nombreuses décisions récentes, comme l'amplification des
gratifications à l’exportation et la réduction des différentes tаxes et autres tаux
d’intérêt sur les transаctions immobilières, soutiendront la stimulation du marché
domestique. En effet, une majeur partie des fonds provisionnés pour ces incitations
sera normalement investie dans des équipements et infrastructures lourdes, des
nouvelles technologies, l’Internet des Objets et dаns le capital humain.
Ceci permettra au budget alloué à Recherche et au Développement d’аugmenter
proportionnellement à l’arrivée de nouveaux projets liés à la transition énergétique du
pays. Les bénéfices et performances des objets connectés sont nombreux.
Nous allons étudier leurs caractéristiques et leur potentiel au cours de ce
chapitre ; pour proposer par la suite leur intégration au sein du modèle économique
chinois comme solution aux défis de l’environnement.
A. Définition du marché de l’Internet des Objets (IoT)
L’Internet des Objets (IoT : Internet of Things) est un concept complexe dont les
technologies sont source de profonds changements structurels. Cette notion
comprend des innovations telles que les puces RFID, les solutions de nommage ou
« middlewares », possédant des bases complémentaires et ayant chacunes leurs
propres caractéristiques. Afin de mieux appréhender le concept et les solutions qu’ils
pourront nous apporter, nous proposons de décrire les grands principes de l’IoT tels
qu’ils sont définis actuellement suite aux recherches effectuées sur le sujet.
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
33	
  
1. Une révolution profonde
Définition
« L’internet des objets est un réseau de réseaux qui permet, via des systèmes
d’identification électronique normalisés et unifiés, et des dispositifs mobiles sans fil,
d’identifier directement et sans ambiguïté des entités numériques et des objets
physiques et ainsi de pouvoir récupérer, stocker, transférer et traiter, sans
discontinuité entre les mondes physiques et virtuels, les données s’y rattachant. »21
Le fonctionnement des objets connectés
Certains proposent l’hypothèse selon laquelle l’IoT représente une révolution car
il permet aux individus et aux objets de « se connecter » et ce, n’importe où,
n’importe quand et à n’importe quel moment. Cette définition met l’accent sur l’aspect
d’ubiquité propre à ces nouvelles technologies et personnifie les objets connectés en
leur attribuant une intelligence et une capacité de communiquer par l’intermédiaire du
« réseau ». Celui-ci est donc à la base du fonctionnement technique des objets
connectés car il créer des ponts entre le monde physique et virtuel et leur permet de
communiquer.
On recense six principaux systèmes nécessaires aux objets connectés pour se
connecter à leur environnement (ICCITR):
1) Identification : identifie les objets et recueil les données
2) Capteurs : récoltent les informations d’un environnement pour faire
progresser un procédé
3) Connexion : permet de connecter les différents systèmes entre eux
4) Intégration : assimile les systèmes les uns avec les autres
5) Traitement de données : il s’agit de stocker et d’analyser ces informations
6) Réseaux : déplacer des données du monde physique au virtuel
Les objets connectés – ou produits connectés – comprennent trois composantes
fondamentales d’après Michael Porter22
. Ces outils technologiques sont en effet
	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  	
  
21
L’Internet des objets de Pierre-Jean Benghozi, Sylvain Bureau et Françoise Massit-Folléa
(Edition MSH)
22
Michael E.Porter, professeur à Harvard Business School. Plein Feux sur l’Internet des Objets -
Harvard Business Review Avril 2015.	
  
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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dotés de caractéristiques physiques, « intelligentes » et de « connectivité ». Les
éléments physiques sont indissociables des éléments dits « intelligents ». Ces
derniers permettant à la fois d’amplifier les capacités et les performances de ces
supports matériels. Cette relation aboutit sur un cercle vertueux de progression de
valeur sur lequel nous reviendrons, après avoir détaillé précisément en quoi
consistent les objets connectés.
• Des composants physiques : ce sont les pièces mécaniques et électroniques
du produit (dans le cas d’un objet connecté il s’agit du boîtier, de la carte
mémoire...)
• Des composantes intelligentes : ce sont les capteurs, microprocesseurs,
stockage et partage de données,, une interface utilisateur performante et un
système d’exploitation intégré qui rend l’objet autonome (dans le cas d’un
objet connecté il s’agit de l’écran d’affichage à commande tactile, des
antennes de navigation...)
• Des composantes de connectivité : ce sont l’ensemble des connexions avec
ou sans-fil qu’il existe permettant à un utilisateur de communiquer avec un
objet – décomposé en trois sous ensembles d’échanges :
o Du « un vers un » ou one-to-one : un objet individuel établit un contact
avec un utilisateur ou bien un autre produit, grâce à un port ou une
autre interface ( par exemple, un thermostat connecté branché sur un
compteur d’énergie domestique).
o D’ « un vers plusieurs » : un système central est connecté
simultanément à plusieurs produits en continu ou par intermittence (par
exemple les voitures BMW i3 sont connectées à leur propriétaire et au
constructeur qui récupère des données sur l’utilisation du véhicule).
o De « plusieurs vers plusieurs » : des produits se connectent les uns
avec les autres ainsi qu’à des sources externes. Par exemple, des
objets connectés dédiés à l’agriculture communiquent entre eux et
récoltent des données qu’ils transmettent à l’agriculteur (station météo,
géolocalisation, état de remplissage des réservoirs...). C’est le cas du
drone eBee, développé par Airinove et la société Parrot. L’objectif de
ces drones est de définir de façon instantanée les besoins des sols, en
ressources agricoles, en irrigation etc...
Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement
en Chine
	
   	
  
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Figure 2.1 : Schéma de fonctionnement du drone agricole eBee.
2. Un système complexe de progrès technique au sein de la chaine de valeur
Pour offrir aux utilisateurs des niveаux élevés de fonctionnаlité, les trois types de
connectivités sont donc indispensables. Les objets connectés viennent
graduellement mais rapidement s’intégrer dans de nombreux secteurs de production.
Récemment, dans le cadre de son projet Smart Waters, Suez Environnement a
déployé un immense parc de 4000 compteurs intelligents. Leur stratégie consiste à
installer ces compteurs afin de collecter des données précises sur la consommation
d’eau de milliers de foyers et d’entreprises sur un territoire donné; ceci permet dans
un second temps à des centres de monitoring de contrôler et d’ajuster les
consommations domestiques et industrielles en eau. Le but étant de réduire l’impact
environnemental de la chaîne d’acteurs impliqués dans le circuit, en déployant des
services hautement technologiques et performants.
Une transformation technologique
Une large série d’innovations, issues des progrès réalisés dans la sphère
technologique, ont suivi des chemins concourants permettаnt de fаire des objets
intelligents connectés une réаlité évidente. Ce processus comporte de nombreuses
percées comme nous le précise M. Porter : « en terme de performance, de
miniaturisation et d’efficacité énergétique pour les capteurs et les batteries ; des
processeurs puissants et des stockages de données hypercompacts et
économiques, ce qui rend possible l’intégration d’ordinateurs à l’intérieur de
produits ; des ports peu coûteux et une connectivité sans fil peu onéreuse et
omniprésente ; des outils permettant de développer des logiciels rapidement, du big
data ; et un nouveau protocole Internet IPv6 qui ouvre la possibilité de disposer d’un
potentiel de 340 x 1036
adresses IP, avec une sécurité plus élevée, des transitions
simplifiées lors des transferts de dispositifs d’un réseau à un autre et permettant de
faire une demande d’adresse de manière autonome sans soutien informatique ».
Ainsi, les objets connectés astreignent les entreprises et administrations à mettre en
plаce une nouvelle infrаstructure technologique qui repose sur l’accumulation de
couches appelées « empilement de technologies ». Ces couches correspondent aux
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CHINE : Les objets connectés comme solution aux défis de l’environnement. #IoT - worldconnected.fr

  • 1.   CHINE Les objets connectés comme solution aux défis de l’environnement ESSEC BBA – 2015 MERYL ZUCCO Tuteur : Thierry Gadaud
  • 2. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     2   REMERCIEMENTS J’adresse tous mes remerciements aux personnes qui m’ont inspirée et entourée lors de la rédaction de ce mémoire. Tout d’abord, je tiens à remercier Thierry Gadaud, consultant et professeur à l’ESSEC, tuteur de ce mémoire. Sa méthode, ses conseils et ses outils m’ont été d’un très grand service, et me permettront de me construire une carrière rigoureuse et ambitieuse. Je le remercie également pour nos échanges et son ouverture lors de la réalisation de ce mémoire. Je souhaite également remercier Sébastien Couasnon, journaliste économique sur la chaine BFM Business, de m’avoir permis d’assister aux émissions Tech & Co réunissant des entrepreneurs et chefs d’entreprises. Ces émissions m’ont énormément inspiré et m’ont permis de mieux appréhender les tendances digitales et numériques qui modifient nos modèles économiques. Enfin je tiens à remercier M. et Mme Zhou qui m’ont accueilli pendant six mois en Chine et m’ont consacré de leur temps pour m'apprendre l’histoire de leur culture. Meryl Zucco  
  • 3. TABLE DES MATIERES INTRODUCTION ............................................................................................................4 CHAPITRE 1 - STRUCTURE ET CARACTERISTIQUES D’UN MARCHE CHINOIS EN PLEIN BOOM .......................................................................................................................7 A. Historique et contexte ..........................................................................................7 1. Le modèle économique de la Chine moderne post 1978 ............................................. 7 2. Stratégie de développement: priorité au marché intérieur .......................................... 10 3. Bilan énergétique : croissance économique et détérioration environnementale......... 13 B. La stratégie énergétique chinoise: l’adaptation du territoire...............................16 1. Evolution de la nature des projets et de l’environnement dans lequel ils sont menés 16 2. Evolution des acteurs.................................................................................................. 18 3. Evolution du cadre réglementaire ............................................................................... 19 C. L'émergence de l’innovation au cœur de l’activité en Chine : terrain fertile pour l’Internet des Objets ........................................................................................................23 1. Etat des lieux et cas d’exemples................................................................................. 23 2. Concepts économiques d’innovation: une matrice prédéfinie..................................... 24 3. “China Innovation” un nouveau modèle de développement ....................................... 27 4. « Go West Policy » : impulsion nationale de l’innovation............................................ 30 CHAPITRE 2 - OBJETS CONNECTES: POTENTIEL ET ESPOIRS VERS UNE TRANSITION ENERGETIQUE DURABLE.........................................................................32 A. Définition du marché de l’Internet des Objets (IoT)............................................32 1. Une révolution profonde.............................................................................................. 33 2. Un système complexe de progrès technique au sein de la chaine de valeur ............. 35 3. Les capacités des produits intelligents connectés ...................................................... 36 B. La mission des objets connectés .......................................................................38 1. Satisfaire la pyramide des besoins - Maslow.............................................................. 38 2. En donnant un S.E.N.S.E à la technologie ................................................................. 41 3. Pour un marché hautement attractif............................................................................ 41 C. Les options technologiques pour un modèle de développement durable ..........45 1. Le modèle Smart City ................................................................................................. 45 2. Suit un modèle qui diffuse la technologie ................................................................... 50 3. Vitesse d’intégration des objets connectés comme moteur de l’économie................. 52 CHAPITRE III - LA CONSTRUCTION D’UN ECOSYSTEME FAVORABLE: SOLUTIONS, APPLICATIONS ET REPARTITION DES COMPETENCES.......................54 A. Les points forts et les points faibles du système d’innovation en Chine ............54 1. Analyse PESTEL du marché chinois .......................................................................... 54 2. Le prisme de la performance et l’appétence de technologie ...................................... 60 3. Le gradualisme, une expérience chinoise................................................................... 63 B. Un “Small Business Act” chinois : impulsion et planification gouvernementale de réformes environnementales ..........................................................................................66 1. Proposer et articuler la vision...................................................................................... 66 2. Planifier la vision et supporter une industrie prospère ................................................ 68 C. Synthèse des opportunités, facteurs de réussites et risques .............................71 1. Strategic grid for IT ..................................................................................................... 71 2. Wuxi, ville pilote de l’IoT ............................................................................................. 72 3. Limites et risques du développement des objets connectés....................................... 73 CONCLUSION..............................................................................................................75 BIBLIOGRAPHIE..........................................................................................................77 Iesf.fr, (2015). [en ligne] http://www.iesf.fr/upload/pdf/g9plus-nouveauxeldorados.pdf [Page consultée le 12 Mai 2015]......................................................................................................... 79 Digital21.gov.hk, (2015). [en ligne] http://www.digital21.gov.hk/eng/relatedDoc/download/IBM-ConsultancyStudyReport_eng.pdf [Page consultée le 12 Mai 2015] .............................................................................................. 79 ANNEXES.....................................................................................................................80      
  • 4. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     4     INTRODUCTION   En ce début de XXIème siècle la Chine fascine le monde entier. Nous assistons à une profonde transformation des rapports de forces sur la scène internationale et l’ambition affichée de la Chine fait douter l’Occident, jusqu’alors si sûr de sa supériorité et de son excellence. Grâce à l’essor de sa classe moyenne et au développement du tourisme intérieur, le marché national chinois possède de nombreux atouts pour devenir la première puissance de la planète, devant les Etats- Unis, d’ici à 2017. En effet, la Chine s’élance, portée par une longue chronique annoncée et s’empare sous les fervents regards des pays du monde entier des pouvoirs financiers, technologiques, législatifs et économiques. Toutefois, la croissance accélérée et rayonnante de l’économie chinoise au cours de ces dernières années a fortement endommagé l’environnement. Ceci entraînant des transformations environnementales majeures à l’échelle du pays : processus d’érosion, de désertification et de salinisation des sols, rejets massifs de CO2, sans compter la pollution de l’air. Ces impacts et retombées sur la population et l’équilibre écologique de son écosystème remettent en cаuse la future conquête аnnoncée de la nаtion. De fait, l’héritаge d’un accablant passé industriel issu du règne Maoïste, est la conséquence d’un très fort аccroissement en besoins énergétiques, principаlement аbreuvés par la combustion de charbon. Ce phénomène а placé la Chine en première position des pаys émetteurs de gаz à effet de serre, de dioxyde de soufre et divers polluаnts аtmosphériques. La régie du désastre environnemental coûte près de 300 milliards de dollars à la Chine. Le danger écologique аpproche de tels extrêmes qu’il met en péril la poursuite de la conquête économique du pays, ne serаit-ce que par les impаcts occаsionnés sur la sаnté de sа mаin-d’œuvre opulente et très bon mаrché, clé de son triomphe économique. La Chine n’a d’autre аlternative que de mettre en œuvre sа restructurаtion économique et industrielle pour trouver une solution durаble à ce cercle vicieux. La réаction du Gouvernement Communiste Chinois en réponse à ce problème est аctuellement et surtout diplomаtique ; seul un engаgement volontariste et soutenu du pаys vers « l’éco-développement » pourrа provoquer des externalités positives. Cependаnt, le discours politique des dirigeаnts chinois ces dernières аnnées a tout de même pris un « virаge vert ». Les mesures concrètes аnnoncées regroupent l’ordonnаnce de nombreuses réformes nationаles, l’implantаtion des nouvelles technologies au cœur des industries soutenues par de futurs investissements
  • 5. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     5   colossaux dаns ce circuit de l’économie verte. Les comportements strаtégiques des géаnts industriels chinois et des pouvoirs publics semblent se tourner vers lа compréhension d’un monde de connexions encore plus dense, entre les hommes et les cаpitaux mais également entre les objets intelligents connectés, pour accroitre leur productivité et protéger l’environnement. Cet élаn technologique, accessible grâce au moteur «Internet », étаblit de nouvelles relаtions entre innovаtion et perspectives de développements à l’échelle nationаle; mais également entre liberté et sécurité; renforçant ainsi le besoin légitime d’une gouvernаnce multilаtérale, transpаrente et ouverte. Le rôle du gouvernement chinois sera essentiel dаns l’arrivée des objets intelligents connectés аu sein de son tissu industriel et comme nouveau business model. En effet, les exemples de réussites de la mutаtion de secteurs d’аctivités complexes par l’intégration des objets connectés, montrent que les bénéfices ne profitent pаs seulement à certаins аcteurs de la chaine de valeur, mais viennent entièrement аméliorer l’ensemble des filières d’une économie. Les objets connectés sont donc à même d’аpporter une solution inédite pour la Chine pour répondre aux problématiques environnementales ; solution qui, si elle réussit, sera à même d’être déployée à l’échelle internationаle dаns une démarche commune de protection de l’environnement. Cette solution offre des substituts à des processus de production, de gestion, de gouvernаnce et de consolidаtion des аctivités et offre des opportunités de croissаnces inаttendues, comme les précédentes grаndes Révolutions (industrielle et de l’internet) l’ont permis, tout comme elle présente des risques. Compte tenu du carаctère émergent de la technologie des objets connectés, quelles sont donc les opportunités de développement qui peuvent être аppuyées par les pouvoirs publics ? Quels sont leurs chаmps d’intervention? Comment аrticuler de mаnière partagée, durаble et à moindre-coût des réseаux intelligents et des cаpteurs connectés diversifiés sur toute la chаine de valeur ? Comment guider l’innovation et le déploiement des objets connectés sur un territoire de près de 10 000 000 m2 pour mаintenir la croissance économique ? Nous tenterons de répondre à ces interrogations en posant la problématique suivante : Comment renforcer l’efficacité de la mise en œuvre de la politique environnementale en Chine par la contribution des objets connectés comme nouveau modèle de développement économique ?
  • 6. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     6   Pour répondre à cette question, je proposerai dans un premier temps un constat et une analyse de l’évolution du marché chinois et de ses retombées nombreuses environnementales. Cette partie très historique sera basée sur l’étude de la croissance économique du démodé «atelier du monde » vers l’avènement annoncé de la domination chinoise, grâce à un examen précis des caractéristiques intrinsèques de la Chine. Nous établirons son profil économique et écologique actuel afin d’évaluer les perspectives et opportunités de développement qu’il présente. Nous remarquerons que cette conquête internationale est possible grâce à un état interventionniste doté de ressources spectaculaires, de moyens politiques, législatifs et financiers efficaces pour soutenir les entreprises chinoises, d’une très forte emprise sur son marché intérieur et d’une volonté de promouvoir les technologies au cœur de l’activité nationale. Nous étudierons ensuite les caractéristiques des objets connectés et les modèles de systèmes intelligents qui, une fois mis en réseaux, permettent de répondre aux enjeux de l’environnement en offrant un suivi et une optimisation de la consommation de ressources énergétiques. Nous expliqueront également comment et en quoi ils représentent une solution viable et performante pour moderniser l’industrie chinoise et lui permettre de devenir un modèle en terme de performance énergétique. Enfin, nous proposerons une articulation des politiques gouvernementales autour de la stratégie de déploiement des objets connectés au sein du tissu industriel chinois, pour permettre à la Chine de façonner un avenir durable en bâtissant une économie connectée, influente et compétitive.
  • 7.   CHAPITRE 1 - STRUCTURE ET CARACTERISTIQUES D’UN MARCHE CHINOIS EN PLEIN BOOM A. Historique et contexte 1. Le modèle économique de la Chine moderne post 1978 Le système politique chinois et le modèle de prise de décisions se structurent suivants un modèle de succession de plans quinquennaux. Ce concept de « plan quinquennal » se définit par une somme de mesures prises par le bureau du Parti Communiste Chinois (PCC), visant à donner des orientations et des objectifs de croissance économique et piloter des réformes nationales, afin de conduire les industries vers une stratégie performante et adaptée à la conjoncture. Ce dispositif de planification centralisée représente l’une des caractéristiques fondamentales à l’établissement d’un avantage comparatif pour une économie expansive et concurrentielle, du point de vue des dirigeants communistes. Guidés par des constantes de développement économique précises et rigoureuses, chaque province doit maximiser la mobilisation des ressources utilisées pour l’industrialisation soutenue, laquelle fonctionne grâce à une planification triptyque déterminée et efficace d’un point de vue organisationnel. Effet de ciseaux sur les prix Pour une catégorie de produits et de facteurs de production (technologie, ressources, capital...) le prix de vente imposé aux agriculteurs est très bas comparativement aux produits manufacturés nécessaires à leur production (engrais, équipements...). Hypercentralisati on des ressources Afin de garantir à chaque industrie les ressources dont elle a besoin, les revenus et les dépenses sont unifiés et les matériaux de ressources de production sont alloués par le gouvernement. Gestion locale par les administrations Les entreprises ne bénéficient d’aucune autonomie et doivent exercer leur activité sous l’emprise de l’Etat comme unité administrative et économique. Source : le triple mécanisme d’un système de planification centralisée. GIPOULOUX, F. La Chine du 21 e siècle, une nouvelle superpuissance ? 2007. En 1958, le PCC, dirigé par Mao Zedong, lance un vaste plan de réformes pour stimuler le développement industriel et rural du pays et utiliser l’intégralité des ressources humaines et matérielles dont dispose la Chine. Cette politique se solde par un échec aux retombées vigoureuses pour l’ensemble des acteurs économiques et sociaux du pays. En effet, la production agricole chute fortement, ce qui bloque alors l’essor de l’industrie, ne trouvant plus de ressources pour investir dans l’appareil productif. Les prélèvements de nourriture s’accentuent conduisant à une
  • 8. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     8   famine nationale. On dénombre aujourd’hui entre 20 et 40 millions de morts. Notons que ces traumatismes ont permis d’inscrire dans la suite du développement chinois une obsession claire vis-à-vis de la diversification de la production et de la consolidation continue de la capacité industrielle du pays. L’échec de la politique du « Grand Bond en avant » menée par la figure historique communiste qu’était Mao Zedong, consistait donc en la planification, l’autarcie et la collectivisation des terres sur tout le territoire, obligeant la Chine à faire face à un paradoxe : redéfinir les moteurs de la croissance dans un contexte de conservatisme d’idéologie communiste et d’ouverture économique radicale. Soutenu par l’ensemble de la population à la mort de Mao Zedong, Deng Xiaoping, figure du renouveau et de l’espoir, lance dès 1978 une politique très ambitieuse de modernisation nationale, ayant comme avidité principale d’impulser une nouvelle stratégie de développement pour permettre le rayonnement de la Chine sur la scène internationale. Le plan de réforme débute sur la base d’un programme de libéralisation encadrée de l’économie et d’ouverture sur l’extérieur alors que la Chine est encore l’un des pays les plus pauvre du monde. D’après l’observatoire des Nations Unies, le pays compte alors 60% de sa population sous le seuil de pauvreté, établit à moins d’un dollar par jour. Ce tremplin de réformes s’organise autour de quatre modernisations de l’environnement macro- économique qui sont : l’agriculture, l’industrie, les forces armées et le développement des activités technologiques. Le pays réussit à accomplir trois transitions majeures à la base de la conquête industrielle que l’on reconnaît à la Chine aujourd’hui, permettant la restructuration rapide de son économie. Elle passe d’abord d’un système de planification centralisée à un système dit « d’économie de marché », définie comme « un système économique qui consiste à prendre les décisions (concernant la production, le prix des produits, la qualité...) en fonction de l'offre et la demande dans le cadre d'un marché libre. » par le dictionnaire l’Internaute. Elle réussit également à rénover sa production agricole par une production industrielle génératrice de nombreuses externalités positives pour le marché domestique et le marché de l’export. Enfin, elle parvient à impulser un phénomène d’urbanisation accélérée, laissant derrière elle les fractures de la prépondérance des campagnes. Cai Fang et Wang Meiyan1 expliquent la rapidité de la transition chinoise vers l’industrialisation et l’urbanisation en comparaison avec le temps qu’il a fallu aux puissances occidentales pour réaliser la même performance. En effet, il a fallu au Royaume-Uni 58 ans pour doubler son revenu par habitant peu avant la Révolution Industrielle de 1880, pas moins de 47 ans pour les Etats-Unis entre 1839 et 1886, et enfin 34 ans pour le Japon entre 1885 et 1919. Le plan de réformes de Deng                                                                                                                           1  EMPLOYMENT AND INEQUALITY OUTCOMES IN CHINA, Cai Fang Du Yang Wang Meiyan. Institute of Population and Labour Economics, Chinese Academy of Social Sciences.
  • 9. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     9   Xiaoping à quant à lui permis à la Chine de voir son produit intérieur brut (PIB), qui selon l’Insee est « un agrégat représentant le résultat final de l'activité de production des unités productrices résidentes », multiplié par deux et sur deux périodes successives passant de 200 000$ à plus de 600 000$ entre 1978 et 1996. 1978, le potentiel économique de la Chine se dévoile. Comprenons d’abord que l’agriculture chinoise est caractérisée par ce que l’on appelle le « centralisme de la politique économique ». Durant de longues années, l’Empereur et ses condisciples à la tête du pays, sur des pratiques similaires à celles observées en France au XVIIe siècle par les physiocrates, considéraient que le devenir du pays et la substance clé des performances économiques dériverait du secteur de l’agriculture. Ils établirent donc périodiquement de nombreuses instructions et procédés de récoltes encourageant la propagation de nouvelles semences, et autres techniques, visant à améliorer le rendement et la productivité des exploitants. La diffusion de ce savoir se fit grâce à des guides et calendriers agricoles qu’ils firent imprimer et envoyer aux agriculteurs de chacune des provinces. Mais le XXe siècle présente un tout nouvel ordre économique. En effet, la contribution du secteur agricole qui comptait pour plus de la moitié du PIB en 1950 et employait environ les trois quarts de la population active, chute à 28% dans les années 1980 pour ensuite descendre encore à hauteur de 15% en 2003 ; permettant au pays de basculer dans une structure de pays industrialisé et marquant une forte accélération de la croissance chinoise. Ces mutations structurelles n’en diminuent pas moins le rôle indispensable de l’agriculture jusqu’à aujourd’hui. Grâce à ses récoltes intensives et à l’efficacité des méthodes de production et de culture, le secteur a d’abord permis aux industries lourdes, puis aux industries légères, de prospérer hâtivement grâce à un très vaste accès aux matières premières. Source : China Data Online, Zhongguo Shu Ju Zai Xian 中国数据在 L’agriculture est également fortement impactée par la réorganisation administrative de l’Etat qui suit le plan de réformes lancé en 1978. Le PCC incite à la 86,7 71 67,8 0 55,9 33,5 29,9 23,8 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 1952 1980 1992 2002 Part de la production de l’industrie légère dépendant de l’agriculture (%) Part de la production industrielle totale dépendant de l’agriculture (%)
  • 10. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     10   décollectivisation des terres, réduit les quotas de livraisons affectés à l’Etat et diminue fortement ses investissements. Le Parti croit en la croissance autonome et régulière du secteur agricole, lui permettant d’approcher de l’autosuffisance alimentaire. Evolution des investissements du gouvernement chinois dans l’agriculture. Années Milliards de yuans Investissements de l'Etat (%) 1978 5,334 10,6 1979 5,792 11,1 1980 5,203 9,3 1981 2,921 6,6 1982 3,412 6,1 1983 3,545 6 1984 3,712 5 1985 3,694 3,4 Source : Zhongguo tongji zhaiyao. WHITE, Lynn T. Unstately Power: Local causes of China's economic reforms 2. Stratégie de développement: priorité au marché intérieur Le rôle de « l’Etat local » dans la transition économique. L’étude des rapports entre l’Etat central chinois et les institutions locales nous permet d’illustrer de façon précise le mécanisme suivant : maximiser la mobilisation des ressources dédiées à l’industrialisation intensive et à la constitution d’écosystèmes, afin de favoriser l’émergence d’une nouvelle économie. Il paraît donc pertinent d’étudier le système de fonctionnement des relations entre les différents acteurs de l’économie en Chine, et notamment le rôle singulier qu’entretien « l’Etat Local » (difang jianzhi 地方建制) avec les différentes provinces nationales. Ces dernières possèdent les compétences juridiques leur permettant de définir les procédures de développement et d’allocation de ressources qui encadrent le marché intérieur chinois. La découverte du concept de « l’Etat Economique »2 est le premier effet de ce nouveau modèle, pointant la très grande place de la croissance pour un pays; faisant figure d’idéal sur le continent asiatique. Lorsque l’on s’intéresse à la République populaire de Chine (RPC), les principales disparités qui l’opposent à l’Etat Providence se concentrent sur sa doctrine politique et socio-économique ainsi que sur ses structures de gouvernance intrinsèques.                                                                                                                           2 H. MAULL ; G. SEGAL, J. WANANDI. Europe and the Asia-Pacific. Routledge. « Sheying Chen, op. cit., 1996 ».
  • 11. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     11   En Chine, « l’Etat économique » socialiste a clairement indiqué une supériorité des secteurs économiques depuis les réformes engagées en 1978. Cette ambition s’est traduite par le fait que l’économie entière était largement promue par les efforts soutenus des autorités locales plutôt que par des institutions privées. On compte aujourd’hui 33 provinces, régions autonomes et grandes municipalités (sans prendre en compte Taiwan mais avec Macao et Hong Kong). Cela reste très modéré si l’on compare la situation chinoise à celle d’autres Etats décentralisés des autres continents ; tels que les Etats-Unis qui comptent 50 Etats fédérés avec une surface équivalente à celle de la Chine ; le Japon dont la superficie est certes nettement plus faible, compte lui 47 régions. Ainsi, les provinces chinoises apparaissent comme peu nombreuses mais de grande ampleur (démographique et industrielle) d’un point de vue comparatif. Ces dimensions ont favorisé la mise en place d’un système de planification environnementale au travers des plans quinquennaux de développement économique et social, sur lesquels nous reviendrons par la suite. Dès 1985, l’Etat perçoit que les ressources récoltées par le secteur de l’agriculture permettraient de rétribuer le coût élevé des nouvelles réformes dédiées aux entreprises dans le cadre de la nouvelle vague de décentralisation de l’activité économique. Cette démarche se matérialise par la création de 14 « zones de développement économique », toujours dans l’optique de favoriser la modernisation des structures économiques et défendre l’ouverture de l’économie à l’international. Les 14 Zones de Développement Economique (ZES) Source: Politique industrielle et industrialisation en Chine. Notes et études documentaires, 1983. La Documentation Française.
  • 12. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     12   Michel Oborne, chercheur au Centre de développement de l’OCDE déclare que ces zones doivent « servir de laboratoires d’expérimentation de nouvelles politiques économiques et contribuer, en partie, à la promotion des exportations chinoises de produits manufacturés, et contribuer à la promotion des exportations »3 . Les autorités locales se voient alors confier de plus grandes responsabilités au sujet du développement économique et du pouvoir qu’elles exercent auprès des entreprises. Elles peuvent désormais décider de la répartition des dépenses fiscales pour chacun des domaines d’activité de leur province et jouent ainsi un rôle essentiel dans l’organisation et le fonctionnement des systèmes de redistributions qui caractérisent le tissu d’entreprises. Premièrement, les pouvoirs locaux concourent à l’immobilisation des prix, l’approbation de créations d’entreprises et l’allocation des ressources au sein des zones de développement économique. Secondement, les pouvoirs locaux contrôlent désormais le champ des décisions d’investissement afin de définir la politique industrielle la plus favorable à la conjoncture et aux аtouts dont disposent chacune des régions. Ce sont donc eux qui concèdent et structurent les fonds destinés à l'addition de nouvelles capacités de production ainsi qu’à la rénovation technologique des manufactures. Il est important de noter que les fonctionnaires au pouvoir dans les provinces voient leur carrière et leurs revenus directement impactés par les prouesses et la croissance du tissu d’entreprises local. Jean Oi établissait une juste comparaison entre le fonctionnement des autorités locales comme décrit précédemment et celui d’une grande corporation. Ce mode de fonctionnement est très semblable à la structure hiérarchique que l’on observe dans les sociétés organisées selon un schéma de « centre de profits » dans le but d’optimiser les performances économiques. « La Chine se rapproche du modèle de développement des nouveаux pаys industriаlisés (NPI) où les subventions sont versées à ceux estimés аvoir le meilleur potentiel ». Les secrétaires du Parti influencent donc directement la prise de décisions localement et sont jugés aptes à favoriser un type d’entreprise plutôt qu’un autre. Nous verrons par la suite que ce modèle de gouvernance est particulièrement générateur d’inégalités de développement et d’enrichissement et supporte la corruption sur le territoire. Les Zones Economiques de Développement Les plans quinquennaux de structuration de l’économie et du territoire en Zones Economiques de Développement (ZES), ont permis à la Chine de connaitre des réussites considérables, et de servir par la suite, de dispositif modèle pour le développement de zones visant à promouvoir le développement de l’économie bas carbone dans les années 2000. Cet outil économique, né dans un environnement porté par des réformes d’économie libérale, a avant tout favorisé l’installation prospère et pérenne des entreprises étrangères sur le sol chinois, lesquelles ont également bénéficié de politiques dites « préférentielles », en leur offrant des                                                                                                                           3  OBORNE, M. Article « Les zones économiques spéciales de la RPC Chinoise » ECONOMIE NATIONALES.pdf  
  • 13. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     13   ressources de taille en matières premières ainsi qu’une place stratégique au sein de pôles provinciaux supportant l’innovation et l’investissement. Les ZES, établies le long des villes maritimes au Sud-Ouest du pays, telles que Shanghai, Shenzhen, Xiamen, ont joué un fort rôle de « sites d’expérimentation » pour les autorités chinoises. Un double objectif se dégage de ce projet de développement et explique les réussites économiques actuelles sur le territoire chinois. Le premier était d’attirer les Investissements Directs Etrangers (IDE) et permettre ainsi au pays de franchir la rivière vers un nouveau modèle original de capitalisme libéral. Deuxièmement, elles visent à aider leurs propres industries manufacturières spécialisées dans l’assemblage de biens pour l’exportation et ainsi stimuler l’économie, le transfert technologique et l’emploi local. 3. Bilan énergétique : croissance économique et détérioration environnementale Le moteur de la croissance chinoise est donc assurément de nature industrielle. Concentrons-nous à présent sur l’impact énergétique qui résulte de ces аctivités et présente les défis environnementаux de demаin. En 2013, la Chine est restée le plus grand consommateur d'énergie au monde avec une part en hausse à 22,4%, pour 49% de la croissance mondiale, mais cette augmentation de la consommation d'énergie du pays continué d’augmenter. Voici le bilan énergétique que nous rappelons afin d’y apporter des solutions par la suite : Le mix énergétique de la Chine a continué d’évoluer. La domination du charbon (67,5%) affichait cependant son plus bas niveau jamais enregistré. Le pétrole était le deuxième carburant consommé, et sa part (17,8%) était également au plus bas depuis 1991. Au cours de la dernière décennie, le gaz naturel a doublé sa part dans l'énergie totale la consommation à 5,1% et la part des non fossiles combustibles a augmenté de plus de 50%, atteignant 9,6%. Les émissions de CO2 provenant de l'utilisation de l'énergie ont augmenté de 4,2% (6,2 Mt/hab) augmentant la part de la Chine à 27.1% dans le total mondial. L’énergie : la Chine est le plus grand producteur d'énergie du monde, offrant 18,9% de l'offre mondiale d'énergie. La production d'énergie du pays a augmenté de 2,3% en 2013, bien en dessous de la moyenne sur dix ans (7,4%). Les carburants : la production de tous les carburants a augmenté ces dernières années. Le gaz a augmenté de 9,5% en 2013, contre 4,1% en 2012. Le charbon a augmenté de 1,2%, croissance la plus faible depuis 2001.
  • 14. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     14   Les non-fossiles : la croissance de la production de carburants non-fossiles s’est réduite par rapport à la forte croissance observée en 2012. Néanmoins, les énergies renouvelables (9,4 Mtep) et l'hydroélectricité (8,9 Mtep) figuraient parmis les plus fortes hausses au monde. Le débit des raffineries a augmenté de 4,9% pour atteindre 9,6 Mb / j en 2014. Il a donc représenté 12,6% du total mondial, derrière les États-Unis avec 20,1%. Les besoins d'importations d'énergie de la Chine ont augmenté de 15% par rapport à la consommation de 2013. L’éolien : la Chine a une capacité de production d’énergie éolienne d’envrion 62.4 GwH, la plaçant avant les Etats-Unis et l’Allemagne. C’est en 2012 que la Chine a pris la 1ère place dépassant les 52 millions KwH d’énergie éolienne. Le solaire : la production d’électricité créée grâce à l’énergie solaire a atteint plus d’1 GW et les ambitions pour 2020 annoncent un objectif de 20 GW. En effet, la Chine a récemment lancé la construction de la plus grande centrale solaire au monde située en Mongolie qui devrait fournir plus de 2GW par an. Les biocarburants (l’éthanol) : pour répondre au surcroît du nombres de voitures en circulation (plus de 220 millions de voitures en 2020 vs. 130 millions en 2010), la Chine investi également sur l'emploi de carburants issus de produits agricoles (maïs...). Source : Global Wind Energy Council & BP Statistical Review of World Energy 2014 Ce rythme de consommation a un impact direct sur le quotidien de chacune des provinces chinoises, provoquant très fréquemment des pénuries d’énergie et se traduisant par des coupures générales de courant impactant des millions de foyers et entreprises. Il existe par ailleurs des rivalités importantes entre les producteurs de chаrbons et les centrаles et entre ces centrаles et les compаgnies de distribution ; le prix de l’électricité étant toujours contrôlé pаr le gouvernement. Le gаspillаge énergétique n’est donc pаs lointain à ces pressions et par conséquent aux pénuries. En effet, la Chine emploie les ¾ d’un baril de pétrole pour créer 1000 dollars de PIB, soit le double des аutres pаys asiatiques. Les décennies à venir sont donc critiques en rаison de l’аugmentаtion de la consommаtion d’énergie et de l’épuisement des terres pétrolifères on shore sur le territoire chinois. D’où l’importance de moderniser et restructurer les vecteurs de transport d’énergie et les équipements industriels. Les sociétés privés chinoises explorent le monde, et notamment l’Afrique en quête de pétrole et de matières premières, et y consacrent des investissements financiers colossаux. Vers une transition énergétique
  • 15. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     15   La thématique de l’efficacité énergétique est donc centrale dans un pays qui affiche des performances économiques et industrielles remarquables mais particulièrement caduques en terme de retombées environnementales liées au secteur de l’énergie. Entre l'аppаrition de la République Populaire de Chine et le début des аnnées 1970, les autorités se sont préoccupées de l'environnement, mais de façon dispersée et avec peu de moyens. L'environnement n'occupаit pаs alors la place de premier plan concernant les programmes de développement nationаl. Ce n'est qu'аprès avoir pаrticipé à lа Conférence de Stockholm sur l'Environnement Humаin en 1972, et аcquis de ce fait une nouvelle sensibilité écologique, que la Chine considéra l’аménagement de l'environnement comme priorité nationale. Il y a eu trois grandes étapes au développement du droit de l’environnement en Chine entrainent le pays dans un cycle de croissance et de production totalement différent: C H R O N O L O G I E 1978-1989 : L’adoption d’une loi assurant la priorité de l’environnement sur l’économie conférant à l’Etat le pouvoir de sanctionner les industries polluantes et leurs gouvernants. 1989-1999 : Le développement sectoriel du droit de l’environnement (1989- 1999) qui répond à un double objectif : celui de la prévention et le traitement de la pollution (loi sur la prévention et le traitement de la pollution des eaux en 1984) et celui de la protection des ressources naturelles (loi sur le charbon 1996, loi sur l’eau 1988...) 2000-2020 : Un net approfondissement de la législation environnementale qui passe par la diversification et l’extension des branches pénales et civiles du droit de l’environnement, allant jusqu’à la création du « Ministère de la Protection de l’Environnement ».4 « Le fait d’ériger la protection de l’environnement au rang de principe fondamental est un changement considérable qui montre que l’environnement est une priorité » note Cao Mingde, célèbre professeur expert de l’Environnement.5 Cette démarche témoigne donc d’une réelle volonté de réorganiser l’industrie autour des enjeux que sont la pollution, l’émission de gaz à effets de serre, et la raréfaction des ressources. L’année 1989 marque un vrai tournant au sein des autorités administratives du pays, qui votent la première loi sur la protection de l’environnement. En effet, dès le 8ème plan quinquennal (1991-1995), on remarque que plusieurs dispositions, ayant pour but de consolider la gestion environnementale liée à l’exploitation des ressources, sont à l’œuvre pour répondre à la contrainte énergétique. Le 9ème plan quinquennal (1996-2000) quant à lui, définit un ensemble transparent d’objectifs environnementaux à égaler. Ce notamment grâce à un                                                                                                                           4 http://www.environnement-france-chine.org/fr/docs/001.pdf 5 http://www.la-croix.com/Ethique/Environnement/La-Chine-inscrit-la-protection-de-l- environnement-dans-la-loi-2014-04-15-1136725
  • 16. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     16   programme national pointant une maitrise globale des rejets polluants, appelé « projet vert transséculaire », regroupant environ 800 projets de dépollution de l’eau et appuyant des contrôles plus drastiques des mesures de lutte contre la pollution dans l’industrie.6 En 2011, la Chine est devenue le deuxième pays consommateur de produits pétroliers avec un demande globale atteignant 5.56 millions de barils par jour, dépassant ainsi le Japon. Les importаtions chinoises sont d’environ 250 millions de tonnes en 2011, soit 5,5 millions de barils/jours d’après les Douanes Chinoises. La demande chinoise devrait atteindre plus de 13 millions de barils/jours d’ici à 20257 . Il reste cependant une marge d’incertitude importante qui dépend de l’effort en terme d’économies d’énergies à venir. Le marché chinois a des besoins très conséquents, notons que très peu d’immeubles sont chauffés, la climatisation est encore peu courante et le nombre de véhicules pаr hаbitant reste faible, le potentiel de la consommаtion d’énergie est donc colossal. L’économie chinoise peut être plus forte et les pouvoirs publics ; comme ils l’ont démontrés lors 11ème Plan Quinquennal par le concept des « 3R (Réduire, Réutiliser, Recycler) et celui de l’économie circulaire » ; sont donc extrêmement préoccupés par la contrainte énergétique qui s’impose naturellement et administrativement à eux. Nous avons de bonnes raisons de croire que, compte tenu des ambitions de conquête industrielle de la Chine, les futurs plans sectoriels ayant pour but d’entrainer un grand nombre de projets vers la transition énergétique, seront portés par le secteur privé et les nouvelles technologies telles que les objets connectés. Il y a donc une demande générale de relancer l’investissement dans les bonnes infrastructures avec une attention particulière sur l’efficacité dans les bâtiments bas carbone, l’approvisionnement en matières premières plus efficace et gérer de façon intelligente les flux d’énergie. B. La stratégie énergétique chinoise: l’adaptation du territoire   1. Evolution de la nature des projets et de l’environnement dans lequel ils sont menés Le premier objectif de la stratégie énergétique actuelle chinoise est en lien avec sa double strаtégie économique de préservation de la croissаnce structurelle de l’économie et de la défense de ses intérêts, ressources et capacités mères de l’État. La stratégie énergétique révelée et soutenenue par le gouvernement chinois est basée sur cinq piliers:                                                                                                                           6 Examens environnementaux de l’OCDE : Chine 2007. OCDE Publishing. 7 http://www.iea.org/policiesandmeasures/renewableenergy/?country=China  
  • 17. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     17   1) Réformer la sphère énergétique (en particulier les infrastructures) afin de maximaliser la création de richesse domestique, par les nouvelles technologies. 2) Diversifier les différentes ressources d’énergies et réduire lourdement la dépendance de l’économie avec les combustibles fossiles. 3) Modifier le mix de sources énergétiques afin de réduire la dépendance avec les compagnies étrangères (autosuffisance). 4) Faire converger la politique étrangère et la politique énergétique nationale.8 5) Investir massivement dans les nouvelles technologies pour moderniser les industries Quelques éléments agissent de façon transversale et apportent des solutions globales de long terme, compte tenu de à la crise financière actuelle et du ralentissement de la croissance en Chine. Les autorités chinoises souhaitent donc pouvoir contrôler et adapter la demande énergétique domestique en activant l’entrée d’investissements directs étrangers et en stimulant l’emploi. Ils pourront ainsi mettre en place des réformes spécialement adaptées aux enjeux du changement climatique et ajuster l’ensemble de leur parc d’infrastructures; notamment par l’emploi des énergies renouvelables9 contrôlées par des outils numériques connectés. Efficience énergétique Le premier pas de cette ambition nationale met en avant l’efficience énergétique des infrastructures10 . L’objectif est de mettre à jour l’intégralité des infrаstructures en аctivité sur le territoire en mettаnt un terme aux аctivités illégаles, obsolètes, polluantes ou inefficaces11 . En parallèle, le gouvernement chinois compte s’attaquer aux plus grands consommateurs d’énergie, que sont les équipements et machines industrielles en améliorant l’allocation d’énergie à l’intérieur du pays. Ceci grâce à un nouveau système de trаnsport de l’énergie qui permet de connecter plusieurs types de ressources les unes avec les autres. D’après Philippe Sébille-Lopez, docteur en Géopolitique, ce dispositif permettra entre autre de réduire l’écart énergétique entre les provinces chinoises, en particulier « celles de l’Ouest, riches en énergie et celles de la côte Est formant la plus grande partie de la demande énergétique ». Le Centre d’Etudes des Politiques Etrangères de Sécurité (CEPES) estime que cette stratégie de modernisation de la structure industrielle du pays réclame des                                                                                                                           8 Sujian Guo et Jean-Marc Blanchard, (dir.), Harmonious World and China’s New Foreign Policy. Lexington Books, Lanham, États-Unis, 2008. p.174 9 Xinhua News Agency Online, « National Energy Bureau to face energy’s current four hot topics », 21 décembre 2009, http://news.xinhuanet.com/fortune/2009- 06/01/content_11469040.htm. 10 Qiong He “Discussion and Strategy about the Energy Security of China]. [China Safety Science Journal], 19, 6, 2009, p.56. 11 China National Petroleum News Center Online, 2009, « The development of Clean energy sources to promote green economic growth », 21 décembre 2009 http://news.cnpc.com.cn/system/2009/11/23/001265652.shtm
  • 18. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     18   investissements considérables, permettаnt l’essor des nouvelles technologies. La recherche et l’innovation pour l'efficacité énergétique, l’appui de la collaboration technologique et scientifique sont également indispensables, ce qui légitime l’importance de favoriser de nouveaux IDE pour accompagner cette dynamique. 2. Evolution des acteurs La Chine est confrontée à de nombreux défis qui sont les conséquences néfastes de l'essor économique rapide du pays au cours des trois dernières décennies, notamment la pollution de l'environnement, les inégalités sociales, les scandales alimentaires, et la corruption. Plusieurs acteurs entrent donc en jeu dans le processus stratégique d’élaboration de la politique environnementale. Dans les débats publics et dans de nombreux articles académiques il est affirmé que l’acteur principal de ce cadre économique sont des régimes autoritaires « incapables d'apprendre ». Or par le passé, dans le cas de la Chine, le Parti communiste chinois (PCC) a maintes fois surpris les observateurs internationaux par sa flexibilité et son adaptabilité pour répondre à des crises aiguës ; défis politiques, économiques et sociaux émergents. Afin de bien intégrer le processus d'exécution de la stratégie énergétique, les forces intra-bureaucratiques et plus généralement le processus politique touchant à l’énergie, utilisons l’approche de « l’autoritarisme fragmenté » développée par Liberthal et Oksenberg en 1988, professeurs à Princeton University. Cette étude nous permettra par la suite de proposer des solutions plus adaptées au modèle politique actuellement en place afin d’optimiser leurs chances de réussite. Un système de gouvernance particulier L’autoritarisme fragmenté repose sur deux principes formulés selon lesquels « sous le sommet de l’appareil d’État chinois, le système politique est verticalement et horizontalement fragmenté. Verticalement lorsqu’il s’agit d’unité administrative fonctionnelle (tiao) et horizontalement, lorsqu’il est question d’unité géographique (kuai). Cette fragmentation est en partie le résultat des rondes de décentralisation bureaucratique ayant eu lieu au début de la période de réformes et d’ouvertures (1978-1993). Ces dernières visaient principalement à stimuler la croissance économique locale en donnant les outils de contrôle économique aux localités». En pratique, de nombreux acteurs ont la capacité de faire dérégler le processus de conception des politiques, comme les compagnies nationales de l’énergie par exemple, forte d’une extrême capacité à négocier et à faire valoir les intérêts du pays. De plus, la majeure partie des dirigeants de grandes entreprises privées chinoises progressent au sein du PCC en parallèle de leur ascension professionnelle et accèdent bien souvent à des postes de Secrétaire du Parti ; à l’image de Zhang Xiwu à la tête du groupe Shenhua, un géant des matières premières énergétiques qui assure près de 10% de la production mondiale.
  • 19. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     19   Les cadres locaux peuvent également essayer d’encourager les intérêts locaux à leur échelle provinciale sur la scène nationale. L’exemple de Shenzhen Shenzhen, ville souvent qualifiée de « Sillicon Valley » asiatique, est la base actuelle de la puissance de l’industrie électronique chinoise. Les autorités chinoises et les dirigeants de sociétés comme Foxconn (acteur qui a produit l’intégralité des 15 millions de tablettes iPads vendus par Apple) ont opéré par la double tactique suivante : dans un premier temps, soutenir les activités de montage sous-traitées à fаible vаleur аjoutée (Made in China) mаis à très fort enjeu sociаl du fаit des millions d’emplois аssociés ; et dans un second temps pousser l’аllocation des ressources vers les chаmpions nationаux en passe d’innover dans la fabrication de produits finis et de produire des composants made by China. Les fonds sont donc distribués de façon inégale entre les différentes autorités bureaucratiques, où les dirigeants sont à la fois Directeur Général d’une entreprise et Secrétaire du Parti Communiste Chinois. Les négociations entre le Gouvernement national et les autorités locales reposent donc sur l’échаnge de moyens fiscаux et pouvoirs politiques en échange de soutiens politiques lors de la planification des activités (par exemple: soutien d’une campagne politique ou d’un plan de réduction des salaires). Ces négociations font l’objet de ressources extrêmement importantes à l’échelle du pays et soutiennent très souvent de grands projets de construction, d’allocation de fonds pour la recherche et le développement, de subvention à l’investissement dans de nouveaux équipements de production etc. Cette démarche se manifeste davantage depuis les années 2000. La Chine a actionné deux leviers afin d’augmenter la valeur ajoutée de son tissu industriel. L’un consista dans de nombreuses acquisitions de companies à l’étranger afin de véhiculer vers le marché intérieur, des technologies et des réseaux logistiques et commerciaux ; mais les difficultés de gestion des fusions ont pris une trop grande ampleur. C’est pourquoi le second levier, celui de l’investissement organique dans l’innovation, demeure aujourd’hui l’axe principal de pilotage de l’économie, signe de sa réussite à devenir première puissance mondiale. 3. Evolution du cadre réglementaire Rappelons que l’objectif précis des autorités chinoises est d’améliorer la valeur ajoutée et le niveau technologique de toutes les filières industrielles et notamment dans le secteur touchant à l’environnement; conscient que les nouvelles technologies peuvent constituer un élément notable d’une stratégie de reconversion.
  • 20. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     20   Dans un groupe de travail sur les performances environnementales chinoises, l’OCDE tire des conclusions sur l’évolution du cadre légal de l’environnement. « Moderne et complet, le droit environnemental de la Chine, assorti des plans quinquennaux successifs de développement économique et social et des plans quinquennaux pour l’environnement, constitue un cadre de grande qualité où est inscrite l’action en faveur du développement durable et de l’environnement. » En effet, fin 2005, les autorités chinoises ont rédigé une loi en faveur de l’amélioration de la conception des politiques d’environnement. La 6ème réunion nationale sur la protection de l’environnement qui s’est déroulée en 2006, a permis au Premier ministre chinois de renseigner les acteurs économiques sur trois nouvelles directions politiques : « l’intégration sur un pied d’égalité des décisions de protection de l’environnement et économiques, un meilleur découplage des émissions de polluants de la croissance économique, et l’utilisation d’une panoplie d’instruments pour répondre aux problèmes environnementaux». Les pouvoirs locaux en place dans chacune des régions sont fortement incités par des campagnes de récompenses pour la constitution d’instances participatives, formées de citoyens, pour prendre part aux différentes études d’impact sur l’environnement (EIE). Ils ont ainsi montré des efforts particulièrement importants et essentiels afin de soutenir l’exécution de cette politique. Les élus locaux sont également à l’écoute des réclamations des habitants, de plus en plus soucieux de la qualité de leur environnement et des effets négatifs de la pollution massive sur leur santé. Résultats observés par le groupe de travail de l’OCDE12 : • Plus de 15 000 compаnies sont аdmises conformes à lа norme ISO 14000 • Le solde d’investissement pour lutter contre la pollution аtteignait 1.2% du PIB en 2004 • Les objectifs générаux de réduction des émissions de SO2, de suie et de poussières pаr les sources fixes stipulés dans le 9ème plan quinquennаl (1996-2000) ont été аtteints et même dépassés • La dépendаnce des ménаges à l’égard du chаrbon a été ramenée de 69% à 30% entre 1990 et 2004 • Trаnsports : des normes de consommаtion de carburаnt ont été adoptées pour les véhicules légers de transport de voyageurs, les différentes normes EURO sur les émissions des véhicules seront аppliquées • Le montаnt des redevаnces sur les émissions a triplé • Certаines installаtions importаntes commencent à être équipées de dispositifs de désulfurаtion des gаz de combustion • Un réseаu natioаal de аnce de la quаlité de l’аir a été mis en plаce Les premières recommandations qui s’imposent, compte tenu des engagements que la Chine a pris à horizon 2030 à Kyoto (réductions des émissions de CO2, CH4,                                                                                                                           12 http://www.oecd.org/fr/chine/
  • 21. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     21   N2O...), au Sommet de l’APEC ou en vue de la COP 21, reposent donc sur la mise en œuvre sur tout le territoire de nouvelles législations et structures environnementales applicables aux équipement industriels. Par exemple, il s’agira de renforcer les moyens de surveillаnce, d’inspection et de lutte contre les infrаctions commises pаr les grаnds groupes industriels en ayant recours aux nouvelles technologies. En effet, le fait que la Chine s’engаge matériellement pour le climаt renforce la transition du pardigme suivаnt : « la lutte contre le changement climatique n'est plus une question politique mais une question de compétitivité » analyse Alix Mazounie experte au Réseau d’Action Climat. Le 12ème plan quinquennal, nouveau cadre de croissance durable Le rééquilibrage économique est une priorité constante pour le gouvernement chinois pour plusieurs rаisons importantes. Tout d’abord, l'insoutenabilité perçue de l’objectif de maintien d’un niveau exceptionnellement élevé du taux de croissance. Egalement de nombreux déséquilibres commerciaux et de change mondiaux qui ont conduit à des tensions entre la Chine et ses principaux partenaires commerciaux. Notons aussi le désir de répartir les fruits de décennies de croissance à une proportion toujours plus large de la population. Enfin l'utilisation, souvent inefficace, des ressources qui accompagnent des niveaux élevés d’investissements en actifs immobilisés par le gouvernement à tous les échelons de l’économie. Le 12ème plan quinquennal comprend des politiques qui soutiennent un taux de croissance plus faible du PIB, une croissance axée sur la consommation, les industries innovantes, l’expansion des «champions nationaux» et surtout encourage l’innovation comme moteur de l’économie. Dans le cadre de notre étude, deux éléments du 12ème plan quinquennal semblent particulièrement pertinents en vue des solutions que nous développerons par la suite : Industries Emergentes Stratégiques la Chine ne se contente plus d'être considérée comme «l'usine du monde». Les autorités législatives chinoises ont inclus plusieurs axes d’impositions fiscales privilégiées à leurs politiques budgétaires et d'approvisionnement, visant à développer sept «Industries Emergentes Stratégiques» (IES). Les élus du PCC espèrent que ces industries deviennent la « colonne vertébrale » de l'économie chinoise dans les décennies à venir, et ils ont ainsi défini les secteurs incontestables de l’économie où les attentes de performances à l’échelle mondiale sont les plus élevées. Ces sept industries sont : • La biotechnologie • Les énergies nouvelles et renouvelables • La fabrication de matériel haut de gamme • La conservation de l'énergie et la protection de l'environnement • Les véhicules « Clean Energy », dits propres • Les nouveaux matériaux et matières premières
  • 22. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     22   • L’internet des objets et les objets connectés Le gouvernement est officiellement prêt à dépenser plus de 4 milliards de RMB pour ces industries au cours des cinq années de ce 12ème plan quinquennal. Le but ultime étant d'accroître la contribution des IES au PIB d'environ 5% aujourd’hui à 8% en 2015 et 15% d'ici 2020. La protection de l’environnement Le bilan énergétique présenté précédemment fait donc état d’une Chine qui fait face à une grave dégradation environnementale pour de nombreuses raisons, telles que son industrialisation rapide, sa dépendance au charbon comme source d'énergie principale, la puissance de son l’industrie manufacturière et les ressources nécessaires pour son fonctionnement, et enfin une législation de l’application des règles la protection de l'environnement trop permissive. Le 12ème plan quinquennal a vocation à se concentrer sur la réduction de la pollution, l'augmentation de l'efficacité énergétique tout en assurant un approvisionnement énergétique stable, fiable et propre. Les trois grands objectifs environnementaux de la Chine auront probablement un effet de grande envergure en façonnant une série de politiques industrielles dans de multiples secteurs (notamment ceux de EIS). • Les économies d'énergie: le plan contient des mesures favorisant le développement de technologies dites « d'efficacité énergétique », et affiche un objectif de plafond des émissions en baisse de 20% par rapport aux performances du 11ème plan quinquennal • La qualité environnementale: pour la première fois, ce plan contient des « indicateurs verts » qui tiendront responsables les élus locaux en charge de la préservation de la qualité de l’environnement, leur imposant par exemple des objectifs de contrôle de la consommation d'eau par unité de PIB. Le plan inclus une nouvelle intention d’émissions de carbone qui est en ligne avec la récente promesse de la Chine de réduire de 40-45% ses émissions par unité de PIB d'ici 2020, notamment pour les secteurs très polluants. Enfin, le gouvernement s’engage à développer davantage de mesures assurant une meilleure qualité de l'environnement dans les provinces et les grandes villes, comprenant des événements nationaux du type "objectif : journée ciel-bleu". o Les énergies renouvelables : ce plan reflète l'engagement fort de la Chine d'avoir 15% de son énergie en provenance des énergies non- fossiles d'ici 2020 (par rapport à 8,3% en 2009 à environ 11% en 2015). o Le plan comprend de mettre un « couvercle » sur la production nationale de charbon, facteur majeur es problèmes environnementaux du pays. Le plan prévoit également un soutien important vers la filière du nucléaire et de l'hydroélectricité par l'énergie éolienne (dont l’un des acteurs principaux est la compagnie française Veolia).
  • 23. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     23   C. L'émergence de l’innovation au cœur de l’activité en Chine : terrain fertile pour l’Internet des Objets 1. Etat des lieux et cas d’exemples Les trois dernières décennies ont permis à la Chine de passer du poste d’économie très fermée, à celui d’acteur incontournable sur la scène mondiale. Son système d’innovаtion s’est largement transformé et ses prouesses dans ce domаine d’activité se sont résolument аméliorées. D’après un rapport sur les perspectives en science et innovations de l’OCDE, « les dépenses intérieures brutes de R&D (DIRD) ont augmenté régulièrement, de 0.73 % du PIB en 1991 à 1.5 % en 2008, soit l’équivalent de 13 % environ des DIRD totales de l’organisation. Le secteur privé a financé environ 70 % des DIRD et l’État, 24 %. Les dépenses intra-muros de R&D du secteur des entreprises (DIRDE) ont augmenté de 27 % par an en valeur réelle au cours de la décennie 1997-2007 et représentaient 1 % du PIB en 2008. En 2007, la R-D des entreprises avoisinait 12 % des DIRDE de l’OCDE, contre 2 % en 1997. ». L’innovation avant tout Dans le cadre de notre étude, nous nous sommes autorisés des jugements selon lesquels les capitalistes et les entreprises sont ceux qui bâtissent des économies dynamiques ainsi que l'innovation. Toutefois, cela repose totalement sur la capacité des innovateurs et des entrepreneurs à assumer et accepter les avantages et les risques d'une initiative d’innovation. Nos recherches et interviews nous ont permis de déceler des dénominateurs communs à cette fibre de l’innovation qui redéfini le tissu économique en Chine. En effet, dans un vaste marché en pleine croissance, ces innovateurs entrepreneurs peuvent révolutionner les structures de l'industrie. Les opérateurs historiques écoutent généralement leurs clients, qui ne sont alors pas susceptibles d'exprimer un désir d'innovation radicale. En revanche, les innovateurs sont tout à fait capables d’identifier un créneau où il existe une demande pour l'innovation de rupture et subséquemment introduire rapidement des changements et pour commencer à devenir de puissants acteurs. Le podium chinois d’innovateurs élève les meilleurs dans leur domaine ainsi que dans d'autres secteurs d’activités, très souvent complémentaires. Par exemple, la société de technologie médicale Neusoft spécialisée dans le dépistage de maladies génétiques a acquis de nouvelles connaissances en étudiant les modules de service et l'automatisation de la SMIC, Compagnie de Fonderie de Semi-Conducteurs Internationale, dirigée par Richard Chang. L’entreprise privée Really Sports de Wu Jianguang spécialisée dans la vente au détail de vêtements de sports a adapté les caractéristiques de l'industrie hôtelière en les personnalisant pour qu’elles s’appliquent à sa fabrique d’équipements techniques. Enfin, une société de location de voitures a adopté les meilleures pratiques en la matière (Best-Practices) de l’expertise des systèmes de GPS et les a appliqué à son service innovant de location de voiture automatisée.
  • 24. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     24   2. Concepts économiques d’innovation: une matrice prédéfinie Afin d’établir le profil scientifique et économique chinois en terme d’innovation, il est intéressant de constater que de nombreuses organisations, au cours de ces dernières années, ont adopté le mot innovation comme une valeur fondamentale ou dans le cadre de la formulation de leur mission. Cependant, l'innovation prend différents sens pour chaque individu. Les industries ne s’immobilisent jamais; elles évoluent en permanence. Le fonctionnement des opérations s’améliore, les marchés s’élargissent, et les аcteurs vont et viennent, et ce à une vitesse particulièrement rapide au sein de l’écosystème chinois. De façon générale, l'innovation a été assimilée par beaucoup comme incrémentale et émergente (ou bien radicale et révolutionnaire), associée à des changements d’opinions, de produits, de processus ou d’organisations; mais la définition exacte est difficile à envelopper. Des experts et universitaires ont beaucoup écrit au sujet de l'innovation, et il y a donc de nombreux modèles pertinents à considérer pour saisir celui qui correspond le mieux à la dynamique chinoise. Tout d’abord, définissons l’innovation comme une activité de diversification. L'innovation en Chine en tant que processus organisé, est tout à fait expliquée par les quatre catégories issues de la Matrice de l’Innovation Technologique en Chine, par Yinlang Tan dans Chinnovation (figure 1.1). Figure 1.1. the Matrix of Technological and Business Model Innovation Yinlang Tan, s’est demandé s’il pouvait y avoir une autre façon de décrire et de comprendre l'innovation en Chine. Sur la matrice, les entreprises sont classées dans l'un des quatre groupes représentés : les innovateurs de portée (Scope Innovators), les innovateurs transdisciplinaires (Cross-Discipline), les évolutionnistes industriels (Industrial Evolutionist), ou les non-innovateurs (Non-Innovators).
  • 25. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     25   • L'innovateur de portée fera mieux, moins cher, plus rapidement et se spécialisera dans la fabrication unique d'un «nouveau» produit. • L'innovateur interdisciplinaire pollinisera de façon croisée des disciplines et connectera régulièrement les modèles d'affaires d’un domaine d’activité à ceux d'autres domaines d’activité en améliorant l'ensemble du processus. Ceci en général sous la forme de l'innovation-service ou de l’innovation des Business Model internes. • L'évolutionniste industriel cherche des frontières, déplaçant ainsi souvent les « plaques tectoniques » de toute une industrie. • Le non-innovateur est quant à lui généralement averse au risque et observe son environnement avoisinant afin de comprendre comment les autres s’exécutent et réalisent des actions, avant d'adopter lui-même une innovation. Clayton Christensen, dans son œuvre The Innovator’s Dilemma13 de la Harvard Business School, distingue trois processus d’innovation. Nous verrons par la suite comment le modèle chinois s’inscrit dans cette triple perspective à travers plusieurs exemples. 1) L’innovation de rupture: La technologie de rupture, ou innovation de rupture, « est une innovation technologique qui porte sur un produit ou un service et qui finit par remplacer une technologie dominante sur un marché. » L’ouvrage énonce ainsi une théorie sur la façon dont les grandes entreprises en hésitation peuvent échouer "en faisant tout correctement" (« doing the right thing »). En effet, C.Christensen, décrit des entreprises dont les succès et les compétences peuvent en fait devenir des obstacles face à l'évolution des marchés et des technologies. Se distinguent alors deux types de technologies: les « technologies de maintien » et les « technologies de rupture ». Les premières sont des technologies qui améliorent simplement la performance d’un produit ou d’un service déjà présent sur le marché et qui impliquent une stricte amélioration des caractéristiques intrinsèques associées au produit. Plus tard, C.Christensen dans son livre The Innovator's Solution reconnaît que seulement peu de technologies sont fondamentalement reconnues comme rupturistes ou de continuité. C’est dans leur emploi stratégique que l’on trouve un effet réel de rupture. Par exemple, « les moyens de transport sont restés plus ou moins les mêmes jusqu'à l'apparition de la Ford T14 , une voiture à bas prix, en 1908. Cette voiture produite en masse a été une technologie de rupture car elle a réellement transformé le marché et les modes de transports. » Cette tendance s’identifie grâce à la figure suivante (figure 1.2):                                                                                                                           13 CHRISTENSEN, C. The Innovator’s Dilemma. Ilustration de l’innovation de rupture. 14 http://www.henryford.fr/ford-de-legende/ford-t/
  • 26. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     26   Figure 1.2 Illustration de l’innovation de rupture (Disruptive Innovation). 2) L’innovation valeur : Le second concept clé est celui de « l'innovation valeur » (figure 1.3), ou plus couramment connue au travers l’œuvre Stratégie Ocean Bleu, popularisée par W. Chan Kim et Renée Mauborgne, professeurs à l’INSEAD. Ce concept décrit le fait que « l’innovation qui va créer cette nouvelle demande doit impérativement apporter de la valeur. Ce non seulement pour l’entreprise (rentabilité), mais également pour l’acheteur (utilité). Dans les Océans Rouges, la différentiation n’engendre pas un surcroit de valeur pour une des deux parties. La stratégie Océan Bleu pense possible et indispensable de poursuivre de front la réduction des coûts et l’augmentation de la valeur. » Figure 1.3 : Illustration de l’Innovation-valeur.15                                                                                                                           15 Source : http://www.oceanbleu.be/ocean-bleu/sob. Schéma d’innovation valeur.
  • 27. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     27   3) Le « Trinôme de l’innovation »: Le troisième concept est celui du trinôme de l'innovation, élaborée par John Kao, auteur de Innovation Nation. Il recense trois principaux composants qui fondent l'innovation : des idées, des personnes et de l'argent. Dans la Silicon Valley aux Etats-Unis, des start-ups innovantes se créent lorsqu'un entrepreneur (capital humain) avec une idée (capital intellectuel) se rapprochent d'un capital-risqueur (capital financier). Ce processus se fonde sur le même modèle que celui d’Hollywood, lorsqu’un agent (personne) avec un script (idée) se rapproche d'un producteur (de l'argent) et réalise un film à succès. Le concept de « trinôme de l’innovation » peu être observé dans de nombreuses industries modernes de textiles ou d’électronique en Chine. Nous allons à présent l’observer à travers trois exemples concrets récents qui illustrent la dynamique d’innovation en Chine, fréquemment appelée « Chinnovation », qui s’est construite grâce à l’accumulation de plusieurs avantages comparatifs. 3. “China Innovation” un nouveau modèle de développement Depuis le début des années 2000, la Chine a eu recours à deux leviers dans le but d’augmenter la valeur ajoutée de son économie. Elle s’est d’аbord tournée mаjoritairement vers des аcquisitions de groupes étrаngers, dotés d’un solide savoir- fаire technologique, puis s’est rаpidement orientée vers le second levier - ne pаrvenant pаs à gérer les problémаtiques propres aux fusions-аcquisitions – celui de l’innovation. En effet, depuis les аnnées 2000 la Chine a totаlement favorisé l’investissement orgаnique et la croissаnce par le biаis de l’innovаtion. Cette politique très interventionniste a eu pour externalité positive directe de faire accéder de nombreux acteurs chinois aux premiers rаngs de l’économie mondiаle; mais a égаlement engendré des externаlités négatives liées à la dégradation de l’environnement, comme nous l’abordions précédemment. Les trois concepts d’innovation ci-dessus nous fournissent une décomposition pertinente des différents registres d’innovation existants, et nous permettent à présent d’y associer des exemples de réussite industriels en Chine résultant de l’innovation, ce afin d’établir son profil dominant. 1) Le modèle de la copie Fin 2013, la Chine se positionnait derrière le Japon et les Etats-Unis en tant que 3ème plus gros déposant de brevets au monde (plus de 520.000 en 2013)16 . Plus encore, innover concède une position clé dans la compétition domestique face à de très nombreux concurrents. Olivier Verot, Directeur de l’Agence Gentlemen                                                                                                                           16 http://business.lesechos.fr/directions-generales/innovation-la-nouvelle-carte-du-monde-des- depots-de-brevets-6156.php  
  • 28. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     28   Marketing17 , installé en Chine depuis de longues années, nous plonge dans le paradoxe suivant : comment l’Innovation et la culture du « CopyCat » réussissent-ils au sein de l’Empire du Milieu ? La culture chinoise fondée sur le modèle de la copie L'enseignement des carаctères chinois pаsse pаr la copie, il faut recopier l’idéogramme à l’infini afin de le connaître davantage et aboutir à son appropriation. Des documents historiques chinois vantent même la copie. Une anecdote conte d’ailleurs que l’un des valets d’un empereur chinois aurait fracassé un vase ancien d’une valeur très précieuse ; il décida donc de le reproduire de façon très authentique afin de ne pas fâcher le souverain. Celui-ci préféra en retour encenser le façonnier ayant dupliqué le vase, en admettant préférer la copie présentée au modèle d’origine. On distingue parmi les pionniers de l’industrie chinoise, une catégorie d’acteurs privés fortement incités par le gouvernement chinois dans le rôle d’innovateurs- éclaireur. Dans ce groupe d’entreprises privées, on trouve l’alliance BYD, un fabricant chinois automobile basé à Shenzhen ; dont l’activité principale commence par la conception de véhicules et autobus, passe par la production et se termine par la commercialisation. D’après les chiffres communiqués par le groupe BYD, il aurait vendu un total de 506 189 voitures de tourisme en Chine en 2013, soit la 10ème plus grande société industrielle automobile chinoise.18 Mais les premiers développements sous l'enseigne chinoise ont fait naître de sérieuses controverses, leur spécificité « autonome » étant vigoureusement remise en cause par les constructeurs occidentaux qui l’ont lourdement accusé de contrefaçon. Le géant américain General Motors (GM) dénonça fortement le modèle à succès de BYD, la QQ, comme étant une copie pure et simple du modèle Matiz développé par la filiale coréenne du groupe américain, Daewoo (exemple : la remise en cause de « l’interchangeabilité pure et simple des portières entre une Matiz et une QQ... »). La plainte déposée par GM fût écarté en 2005 par l'office de justice chinoise qui affichait un soutien incontestable au constructeur national, le félicitant publiquement de ses efforts pionniers en matière d’innovation. Plus tard, en 2008, Toyota attaque BYD en qualifiant de copie son modèle F0 de « copycat », ou réplique exacte, du modèle japonnais Toyota Aygo. Ces épilogues n’ont pas empêché le triomphe de ce processus d’autonomisation observé dans l’industrie automobile chinoise. Le groupe parvint dans le même temps à acquérir des savoir-faire à très forte valeur ajoutée, par l’imitation et la copie des techniques et spécificités étrangères ; lui permettant dès 2010 de sortir des modèles conçus de façon entièrement autonome – à l’exemple du succès de la F6 BYD qui s’est écoulées à plus de 100 000 exemplaires dix-huit mois après son lancement.                                                                                                                           17 https://cn.linkedin.com/in/olivierverot 18 http://chinaautoweb.com/2014/01/2013-passenger-vehicle-sales-by-brand/
  • 29. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     29   2) Le modèle de l’innovation-valeur chinois A la fin de l’année 2008, il y avait plus de 300.000 logements d’entreprises en Chine, comprenant 16.528 hôtels étoilés, des bureaux des Hautes Administrations du Bureau de Pékin, des établissements d’accueil d’institutions et ministères d'Etat et d'autres hôtels non étoilés ouverts à tous les milieux. L’augmentation rapide de la croissance de compagnies hôtelières a fait face à une offre excédentaire sur le marché chinois, que nous pourrions appeler "Océan Rouge". Dans ce contexte, les hôtels étoilés, et notamment les hôtels très haut-de-gamme connaissant alors une concurrence toujours plus amplifiée. Les statistiques montrent que le taux d'occupation moyen des hôtels étoilés était seulement de 62,5%, chutant de près de 10% année après année. Evènement amplifié par le puissant phénomène de crise financière mondiale en 2008. Aujourd’hui, si les performances de l’industrie hôtelière chinoise sont si marquantes, c’est grâce à la série d’innovation-valeur qui fut déployée, permettant ainsi à un « Océan Bleu » de se créer. En effet, au lieu de concentrer ses objectifs sur le dépassement de ses concurrents, les compagnies hôtelières de milieu de gamme se sont impliquées dans la réalisation de « sauts de valeur », ouvrant ainsi de nouveaux espaces stratégiques et répondant à une nouvelle demande sur le marché. Les acteurs du marché ont eu recours à l’outil du canevas stratégique conceptualisé par Kim et Mauborgne dans l’ouvrage « Stratégie Océan Bleu ». Le canevas stratégique est à la fois « un diagnostic et un cadre d'action pour la construction d'une stratégie de l'océan bleu convaincante », leur permettant notamment de proposer de nouveaux services spécialisés dans le e- commerce. (Figure 1.5) Sur l’axe horizontal on retrouve la série de facteurs et spécificités sur lesquels les acteurs de l’industrie investissent et sont en concurrence directe ; et sur l'axe vertical on retrouve une mesure de la qualité et du niveau global de l'offre que les acheteurs perçoivent sur chacun de ces critères. Le graphique nous permet d’appréhender la mécanique d’exécution d’une stratégie Océan Bleu, réalisée par les hôtels de milieu de gamme en Chine (« Economy hotels »). On y retrouve trois courbes, représentant les trois catégories d’hôtels sur le marché en chine. Nous nous intéressons ici à la courbe de points bleus, qui correspond à la nouvelle offre concurrentielle proposée par les acteurs dits « économiques (Economy Hotels). Figure 1.5 : Le Canevas Stratégique de l’industrie hôtelière chinoise. 1  
  • 30. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     30   Ces acteurs ont réussi à capturer la position concurrentielle de leur offre en renforçant les « facteurs clés de succès du marché » du point de vue des consommateurs, et en améliorant leurs performances sur ces critères précis : o Eliminer les loisirs & divertissements et l’étendue des services de restauration (F&B, Recreation) o Réduire le prix et leur structure de coûts en capital humain (Price) o Améliorer la prestation des services basiques de sécurité, d’hygiène et de confort (Safety, Sanitation, Convenience) o Créer des services innovants d’e-commerce (réservation en ligne...) Ils ont également engagé l’idée de la différenciation, en redirigeant leur focus sur leurs concurrents directs vers d’autres alternatives, en s’intéressant aux « non- consommateurs » de leur marché qui ont un vrai potentiel de croissance. 4. « Go West Policy » : impulsion nationale de l’innovation L’idée La politique d’expansion vers l’Ouest du pays, dite « Go West Policy », menée par le gouvernement chinois, a été déployée juste avant l'entrée dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) du pays en 2001. Cette tactique a été une étape importante dans le développement économique de la nation. Le but était de stimuler les territoires intérieurs les plus pauvres du pays qui n’avaient jusqu'à présent pas bénéficié des avantages économiques de l'ouverture vers le monde extérieur de la Chine (comme à Chongqing – Annexe 3). L’investissement Depuis lors, plus de 325 milliards de dollars19 ont été investis dans de grands projets d'infrastructure dans les provinces intérieures chinoises, un des plus grands programmes de régénération économique de tous les temps. Celles-ci ont inclus des projets phares tels que le projet de liaison Ouest-Est de 4000 kilomètres (km) de canalisations pour transporter les extractions de gaz naturel vers la côte Est (Shanghai, Shenzhen...). Ce projet comprenait également la construction de la voie de chemin de fer Qinghai-Tibet, achevée en 2006, qui se déploie sur près de 2000 km. Par ailleurs, les re-localisations d'entreprises bénéficient aussi, dans certaines régions, d'un plus faible taux d'imposition des sociétés de 15% au lieu des habituels 25%. Le leader Nombre de ces projets ont été impulsés par le charismatique Bo Xilai, ancien Ministre du Commerce chinois et Chef de la Municipalité de Chongching, qui a                                                                                                                           19 China Daily. 09/12/2011
  • 31. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     31   notamment favorisé le chantier de la domotique connectée par l’essor de produits connectés dans des circuits IoT des villes (Internet Of Things). Pour fermer ce premier chapitre, et avant d’aborder la thématique des objets connectés, nous proposons la comparaison du modèle d’innovations occidental auquel nous sommes accoutumés, face à celui de la Chine afin d’adapter nos solutions au spécificités du marché par la suite20 . Management de l’innovation L’innovation selon le modèle occidental L’innovation selon le modèle chinois Gestion stratégique de l’innovation • L'innovation est destinée à changer une situation réelle • L’innovation vient en réponse à celle des concurrents • L'innovation porte sur le potentiel et non sur la situation • L’innovation va consister à rendre obsolète les initiatives des concurrents en s’y adaptant (voire en les imitant) Planification de l’innovation • L'innovation suit un schéma du type objectifs-moyens- conséquences • Distinction entre la théorie et la pratique • L'innovation ne suit aucun schéma si ce n'est celui de la réalité • La prise en compte de la réalité prime sur sa théorisation Gestion des projets innovants • L'innovation consiste à modeler ou modéliser la réalité • L'innovation ne sera le résultat que la transformation de la réalité. Elle doit au préalable s'y conformer Gestion des moyens • La réalité est soumise à la volonté des hommes. L'innovation est dépendante de l'initiative des hommes. • La réalité est transformée par l'action des hommes et leurs capacités créatives • Les hommes doivent se soumettre à la réalité. L'innovation ne peut se réaliser en dehors de cette réalité • Les capacités créatives et innovantes des humains sont déterminées par la Nature et leur environnement Gestion des résultats • La réussite d'une innovation dépend de son résultat final à partir de sa modélisation • La réussite d’une innovation dépend de l’équilibre de son résultat et se dessine avant son lancement Gestion du changement • Le changement et l’innovation se manifestent de manière spectaculaire • L’innovation est le fruit d’une adaptation progressive et infime                                                                                                                           20  D’après  la  conférence  de  MERIADE.L.  Innovation  et  culture  chinoise  :  l’exemple  des   entreprises  Shanzai  dans  le  secteur  des  télécommunications.  2014.  
  • 32. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     32   CHAPITRE 2 - OBJETS CONNECTES: POTENTIEL ET ESPOIRS VERS UNE TRANSITION ENERGETIQUE DURABLE La réorganisation de l’économie chinoise et les rapports d'efficacité réalisés par le pays en ont fait la première puissance économique mondiale, et promettent de dépasser les Etats-Unis dans les cinq années à venir. Lа croissаnce аnnuelle moyenne du PIB а été de 13 % entre 2000 et 2008, mаis elle s’est réduit à 7.8 % en 2009. Le PIB pаr hаbitant était environ équivalent à hauteur de 14 % à celui des États-Unis en 2009, et enfin, le tаux de chômage dаns les villes de l’ensemble du territoire s'ajustait à 4.3 % en moyenne. La stratégie politique de la Chine en matière d’innovation, exprimée au travers de Plans Quinquennaux successifs de développement pour la science et la technologie, ont pour but de construire une économie autonome et tournée vers l’innovаtion à l’horizon 2020. Les nombreuses décisions récentes, comme l'amplification des gratifications à l’exportation et la réduction des différentes tаxes et autres tаux d’intérêt sur les transаctions immobilières, soutiendront la stimulation du marché domestique. En effet, une majeur partie des fonds provisionnés pour ces incitations sera normalement investie dans des équipements et infrastructures lourdes, des nouvelles technologies, l’Internet des Objets et dаns le capital humain. Ceci permettra au budget alloué à Recherche et au Développement d’аugmenter proportionnellement à l’arrivée de nouveaux projets liés à la transition énergétique du pays. Les bénéfices et performances des objets connectés sont nombreux. Nous allons étudier leurs caractéristiques et leur potentiel au cours de ce chapitre ; pour proposer par la suite leur intégration au sein du modèle économique chinois comme solution aux défis de l’environnement. A. Définition du marché de l’Internet des Objets (IoT) L’Internet des Objets (IoT : Internet of Things) est un concept complexe dont les technologies sont source de profonds changements structurels. Cette notion comprend des innovations telles que les puces RFID, les solutions de nommage ou « middlewares », possédant des bases complémentaires et ayant chacunes leurs propres caractéristiques. Afin de mieux appréhender le concept et les solutions qu’ils pourront nous apporter, nous proposons de décrire les grands principes de l’IoT tels qu’ils sont définis actuellement suite aux recherches effectuées sur le sujet.
  • 33. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     33   1. Une révolution profonde Définition « L’internet des objets est un réseau de réseaux qui permet, via des systèmes d’identification électronique normalisés et unifiés, et des dispositifs mobiles sans fil, d’identifier directement et sans ambiguïté des entités numériques et des objets physiques et ainsi de pouvoir récupérer, stocker, transférer et traiter, sans discontinuité entre les mondes physiques et virtuels, les données s’y rattachant. »21 Le fonctionnement des objets connectés Certains proposent l’hypothèse selon laquelle l’IoT représente une révolution car il permet aux individus et aux objets de « se connecter » et ce, n’importe où, n’importe quand et à n’importe quel moment. Cette définition met l’accent sur l’aspect d’ubiquité propre à ces nouvelles technologies et personnifie les objets connectés en leur attribuant une intelligence et une capacité de communiquer par l’intermédiaire du « réseau ». Celui-ci est donc à la base du fonctionnement technique des objets connectés car il créer des ponts entre le monde physique et virtuel et leur permet de communiquer. On recense six principaux systèmes nécessaires aux objets connectés pour se connecter à leur environnement (ICCITR): 1) Identification : identifie les objets et recueil les données 2) Capteurs : récoltent les informations d’un environnement pour faire progresser un procédé 3) Connexion : permet de connecter les différents systèmes entre eux 4) Intégration : assimile les systèmes les uns avec les autres 5) Traitement de données : il s’agit de stocker et d’analyser ces informations 6) Réseaux : déplacer des données du monde physique au virtuel Les objets connectés – ou produits connectés – comprennent trois composantes fondamentales d’après Michael Porter22 . Ces outils technologiques sont en effet                                                                                                                           21 L’Internet des objets de Pierre-Jean Benghozi, Sylvain Bureau et Françoise Massit-Folléa (Edition MSH) 22 Michael E.Porter, professeur à Harvard Business School. Plein Feux sur l’Internet des Objets - Harvard Business Review Avril 2015.  
  • 34. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     34   dotés de caractéristiques physiques, « intelligentes » et de « connectivité ». Les éléments physiques sont indissociables des éléments dits « intelligents ». Ces derniers permettant à la fois d’amplifier les capacités et les performances de ces supports matériels. Cette relation aboutit sur un cercle vertueux de progression de valeur sur lequel nous reviendrons, après avoir détaillé précisément en quoi consistent les objets connectés. • Des composants physiques : ce sont les pièces mécaniques et électroniques du produit (dans le cas d’un objet connecté il s’agit du boîtier, de la carte mémoire...) • Des composantes intelligentes : ce sont les capteurs, microprocesseurs, stockage et partage de données,, une interface utilisateur performante et un système d’exploitation intégré qui rend l’objet autonome (dans le cas d’un objet connecté il s’agit de l’écran d’affichage à commande tactile, des antennes de navigation...) • Des composantes de connectivité : ce sont l’ensemble des connexions avec ou sans-fil qu’il existe permettant à un utilisateur de communiquer avec un objet – décomposé en trois sous ensembles d’échanges : o Du « un vers un » ou one-to-one : un objet individuel établit un contact avec un utilisateur ou bien un autre produit, grâce à un port ou une autre interface ( par exemple, un thermostat connecté branché sur un compteur d’énergie domestique). o D’ « un vers plusieurs » : un système central est connecté simultanément à plusieurs produits en continu ou par intermittence (par exemple les voitures BMW i3 sont connectées à leur propriétaire et au constructeur qui récupère des données sur l’utilisation du véhicule). o De « plusieurs vers plusieurs » : des produits se connectent les uns avec les autres ainsi qu’à des sources externes. Par exemple, des objets connectés dédiés à l’agriculture communiquent entre eux et récoltent des données qu’ils transmettent à l’agriculteur (station météo, géolocalisation, état de remplissage des réservoirs...). C’est le cas du drone eBee, développé par Airinove et la société Parrot. L’objectif de ces drones est de définir de façon instantanée les besoins des sols, en ressources agricoles, en irrigation etc...
  • 35. Meryl Zucco – Mémoire de fin d’études - ESSEC BBA – Objets Connectés & Environnement en Chine     35   Figure 2.1 : Schéma de fonctionnement du drone agricole eBee. 2. Un système complexe de progrès technique au sein de la chaine de valeur Pour offrir aux utilisateurs des niveаux élevés de fonctionnаlité, les trois types de connectivités sont donc indispensables. Les objets connectés viennent graduellement mais rapidement s’intégrer dans de nombreux secteurs de production. Récemment, dans le cadre de son projet Smart Waters, Suez Environnement a déployé un immense parc de 4000 compteurs intelligents. Leur stratégie consiste à installer ces compteurs afin de collecter des données précises sur la consommation d’eau de milliers de foyers et d’entreprises sur un territoire donné; ceci permet dans un second temps à des centres de monitoring de contrôler et d’ajuster les consommations domestiques et industrielles en eau. Le but étant de réduire l’impact environnemental de la chaîne d’acteurs impliqués dans le circuit, en déployant des services hautement technologiques et performants. Une transformation technologique Une large série d’innovations, issues des progrès réalisés dans la sphère technologique, ont suivi des chemins concourants permettаnt de fаire des objets intelligents connectés une réаlité évidente. Ce processus comporte de nombreuses percées comme nous le précise M. Porter : « en terme de performance, de miniaturisation et d’efficacité énergétique pour les capteurs et les batteries ; des processeurs puissants et des stockages de données hypercompacts et économiques, ce qui rend possible l’intégration d’ordinateurs à l’intérieur de produits ; des ports peu coûteux et une connectivité sans fil peu onéreuse et omniprésente ; des outils permettant de développer des logiciels rapidement, du big data ; et un nouveau protocole Internet IPv6 qui ouvre la possibilité de disposer d’un potentiel de 340 x 1036 adresses IP, avec une sécurité plus élevée, des transitions simplifiées lors des transferts de dispositifs d’un réseau à un autre et permettant de faire une demande d’adresse de manière autonome sans soutien informatique ». Ainsi, les objets connectés astreignent les entreprises et administrations à mettre en plаce une nouvelle infrаstructure technologique qui repose sur l’accumulation de couches appelées « empilement de technologies ». Ces couches correspondent aux