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Approcher en pragmatiste les mondes en train de se défaire

Intervention au colloque "Autour d'Antoine Hennion" (24-26 septembre 2018)

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Approcher en pragmatiste les mondes en train de se défaire

  1. 1. Approcher en pragmatiste les mondes en train de se dé-faire Alexandre Monnin Colloque « Autour d’Antoine Hennion, de la passion musicale aux être fragiles » (24-26 septembre 2018)
  2. 2. • Point de départ : approcher « en pragmatiste ». Je ne prétends pas l’être mais discuter s’il est possible de le faire. • Plus exactement, de quelle manière c’est chose possible. • Francis propose une voie, en laissant les micromondes et les possibles ouverts face à l’irréversible. • Je voudrais en proposer une autre, à partir de l’irréversibilité. Antoine rappelle souvent pragmatisme : sur fond d’une catastrophe possible. Quid si celle-ci est avérée, voire irréversible ? Le pragmatisme est moins une position qu’une prise de position. • Peut-on adopter (prendre !) une position « radicalement pragmatiste » son fond de catastrophe inévitable ? • Test pour le pragmatisme : ce que cela lui fait et nous apprend. Il s’agit de dramatiser la position du problème pour éviter que le pragmatisme (ou les terme associés aujourd’hui : possibles, récits, fragilité(s), etc.) ne soit traité comme un textatôme (E. Martin). = Les « “textatômes” [sont] des textes symptômes : leur utilisation traduit le fait qu’ils sont devenus une sorte de norme pour décrire l’expérience. Une norme prescrite et imposée. » (Composer avec Huntington).
  3. 3. • Perspective « contre-anthropocénique » : cf. Francis Chateauraynaud, phrases de Cochet, adverbes… « Nous faisons le pari que le futur n’est pas complètement [je souligne] écrit et qu’il faut précisément l’écrire et le construire » (« Le futur a encore besoin de nous ! », Francis Chateauraynaud). ➔ Je suis d’accord avec cette phrase à condition de donner un sens fort au mot « futur » et au syntagme « pas complètement ». Prendre au sérieux « pas complètement » (= « mais presque » ?). • Mon point de départ sera : si l’avenir est presque écrit, quid alors ? (cf. et vs. P.-H. Castel).
  4. 4. • Rappelé hier, James (The Will to Believe): “Dupery for dupery, what proof is there that dupery through hope is so much worse than dupery through fear? I, for one, can see no proof; and I simply refuse obedience to the scientist’s command to imitate his kind of option, in a case where my own stake is important enough to give me the right to choose my own form of risk”. On pourrait alors se dire que le pragmatisme passe par un refus de l’irréversible et une insistance sur l’Espoir/Espérance. On a beaucoup parlé hier du déni, figure qui est présente chez les catastrophistes/effondristes qui reprennent le schéma du déni et des phases par laquelle passent toutes celles et tous ceux qui prennent connaissance/conscience de ces questions.
  5. 5. • Je voudrais ici proposer une autre approche. • Si je puis dire, elle passe par le fait d’intensifier les médiateurs de l’effondrement, pour développer si ce n’est un goût du moins une autre expérience de celui-ci. • Musique → Drogues → … Effondrement ?
  6. 6. Où atterrir ? : B. Latour repose la question de l’Espace à l’aune de l’Anthropocène en expliquant que le Globe de la mondialisation, qui a suscité/soutenu le développement, a brusquement disparu et qu’il nous faut désormais atterrir sur Terre ([Terre -], le seul opérateur qui manque dans sa schématisation !).
  7. 7. • Mais là question « où atterrir » doit se décliner corrélativement pour l’espace. • On a parlé du futur, la question est aussi « en quel temps atterrir ? » • Cf. Agamben : Le temps qui reste (lecture des épîtres de Saint Paul) • Agamben s’appuie sur la distinction entre le « temps de la fin » et la « fin du temps ». Distinction que l’on trouve chez Latour (Face à Gaïa), dans un registre apocalyptique. Agamben la situe lui dans un registre messianique, ce qui a toute son importance.
  8. 8. 3 tempss • Si l’on distingue le temps linéaire et uniforme du progrès de la fin du temps, alors on aboutit à deux temps différent (chronos et eschaton). • Agamben, dans sa lecture de Paul, nous présente un troisième temps, un temps du kairos, marqué par la venue du messie. • Le temps de la fin est le temps qui a en vue la fin du temps (l’eschaton, le Royaume, la rédemption – la catastrophe aussi). Ce temps n’est pas un temps apocalyptique mais messianique, il faut penser ce que fait subir au temps présent cette perspective eschatologique (chez Paul : suspension de la loi, des vocations – la klesis, etc. : une théologie politique selon Taubes et Agamben).
  9. 9. La figure ternaire du temps (Paul/Agamben) : chronos kairos eschaton [ ]
  10. 10. Le temps messianique (= temps de la fin) chez Paul/Agamben • Un temps politique, le temps du maintenant (une « transformation intérieur du temps que l’événement messianique a produite une fois pour toutes et la transformation de la vie des fidèles qui s’ensuit » - in Agamben, Le mystère du mal). • Aujourd’hui : la catastrophe est quelque chose que nous pouvons contempler (l’avenir). Pas un risque, une quasi certitude (même si on ne peut pas dire où et comment). C’est aussi une certitude car la catastrophe s’observe déjà dans le présent. Cf. Tsing qui ne parle pas de l’avenir mais déjà du passé !!! • Plus intéressant encore, la théologie chrétienne des premiers siècles identifie la figure du katechon comme une figure séculière qui retarde la fin du temps (l’eschaton). Cette figure a été identifiée à l’Empire voire à l’Eglise elle-même. Aujourd’hui, ces deux courant concurrents (en apparence, dans les discours, pas du tout d’un point de vue physique ou métabolique) que sont l’Anthropocène et la technique sont en une relation qui n’est pas dissimilaire à la relation entre le katechon et l’eschaton (cf. https://lundi.am/Apocalypse-no-rush).
  11. 11. Un « temps impossible ? » Quelques exemples illustreront les paradoxes temporels au cœur des problèmes qui se posent désormais à nous (le mot « problème » n’étant sans doute plus apte à décrire une situation qui n’est plus apte à recevoir une « solution »). - L’effet-rebond, - La non-substitution des énergies - Les (non) résultats du progrès technique - L’inertie climatique - La transition écologique (363 ans !) - La fusion nucléaire (2094 !), etc.
  12. 12. Penser par les effets ? Lesquels ? • Temps impossible. • Temps comprimé qui ne passe plus. • Temps impossible du côté de l’action par conséquent au sens où, contracté, il ne passe plus comme le chronos et n’offre donc plus la « sécurité ontologique » permettant à l’action de se déployer (semer pour récolter). • Ex. des panneaux solaires... (il faut accélérer leur production et leur mise en place mais si celles-ci accélèrent trop, l’effet est négatif…) • Si on ne peut plus penser en terme d’action et d’effet, alors comment continuer, en pragmatiste, à penser par les effets (eux-mêmes mis en crise) ?
  13. 13. Karman et Ding Ding Dong • La mise en crise du dispositif théologique de l’action aboutit à une valorisation du geste. • DDD : la question des possibles à nouveau et de la façon de les entendre. Danger : la prolifération des possibles, des récits. Ce danger est déjà apparent : • cf. Katrin Solhdju (« L'Oracle et le médecin ») : Trump aussi multiplie les récits ; • Cf. Souriau : on trouve des lectures qui le mobilise pour parler des startups ou d’innovation… L’instauration à bon dos quand il s’agit concrètement de capitaliser sur les possibles. Le pragmatisme risque, comme toujours, le mauvais compagnonnage et il faut donc clarifier sa position. Mon intervention entend dramatiser la question de la catastrophe pour opérer une telle clarification.
  14. 14. Les geste : fin de la fin ou fin des moyens en tant que moyens ? « Dans sa réflexion géniale et hallucinée sur la langue latine, Varron, en reprenant la distinction aristotélicienne entre poiēsis et praxis, « faire » et « agir », introduit entre eux un « troisième genre d’action » (tertium genus agendi) qu’il exprime par le verbe gerere. « On peut, en effet – écrit-il –, faire [facere] quelque chose et ne pas agir [agere], comme le poète fait une pièce et ne la joue [agit] pas [facit fabulam et non agit : agere signifie aussi en latin « jouer »] ; au contraire l’acteur [actor] joue [agit] le drame et ne le fait pas. Ainsi le drame est fait [fit] par le poète, mais n’est pas joué [agitur] par lui, alors que par l’acteur il est joué, mais n’est pas fait. En revanche l’imperator [le magistrat investi de l’imperium], à propos duquel on emploie l’expression res gerere, ne fait ni n’agit, mais gerit, c’est-à-dire assume et supporte [sustinet], comme ceux qui revêtent une charge [ou, selon certains manuscrits, “portent un poids”], c’est-à-dire l’assument et la supportent » (De lin. lat., 6, 77). Le verbe gerere, qui dans les langues modernes ne s’est conservé que dans le terme « geste » et dans ses dérivés, signifie une manière de se comporter et d’agir qui exprime une attitude particulière de l’agent par rapport à son action. L’exemple de l’imperator, du magistrat muni du pouvoir suprême, ne doit pas nous tromper : il ne nous intéresse que dans la mesure où il implique un rapport nécessaire entre geste et politique. L’explication qu’en donne Varron par le verbe sustinere est significative. Ce verbe ne signifie pas seulement « soutenir », mais aussi « retenir » (par exemple incitatos equos, « les chevaux dans leur élan »), « s’abstenir de quelque chose » (sustinere ab aliqua re), et aussi « s’arrêter » (se sustinere) et, en outre, « assumer » (causam publicam, munus, « une cause publique », « une charge ») ou « jouer » (personam, un « rôle au théâtre »). Celui qui gerit ne se borne pas à agir, mais, dans l’acte même où il accomplit son action, en même temps, il l’arrête, l’expose et la tient à distance. Si nous appelons « geste » ce troisième mode de l’activité humaine, nous pouvons dire alors que le geste, comme moyen pur, brise la fausse alternative entre le faire qui est toujours un moyen tourné vers une fin – la production – et l’action qui a en soi-même sa fin – la praxis. Mais aussi et d’abord celle entre une action sans œuvre et une action nécessairement opérante. En effet, le geste n’est pas simplement dépourvu d’œuvre, mais définit plutôt son activité spécifique par la neutralisation des œuvres auxquelles il était lié en tant que moyen (la création et la conservation du droit par la violence pure, les mouvements quotidiens tournés vers une fin dans le cas de la danse et du mime). Autant dire qu’il est une activité ou une puissance qui consiste à désactiver et à rendre inopérantes les œuvres humaines et, de cette manière, il les ouvre à un nouvel usage possible. » (Karman p. 125-127)
  15. 15. Karman et DDD • Danse : réintégrer les effets, dans un temps impossible. Geste qui compte malgré tout. • Pour DDD la danse est un opérateur essentiel. • Dans les deux cas, c’est un pur moyen. Qui, côté DDD, opère la « métamorphose » à laquelle correspondent les possibles. Le possible évoqué n’est en effet pas un possible que l’on peut faire fructifier à volonté mais il est arrimé à/enté sur une situation, ici les corps pris par la chorée, mouvement qu’il s’agit non pas d’ignorer ou de combattre, ni de dénier d’ailleurs, mais d’épouser pour mieux les infléchir dans le geste, se faire surfer à même son propre corps secoué par des vagues « comme » venues d’ailleurs. • La finalité n’est pas ailleurs, c’est la métamorphose elle-même, comme pur moyen (Benjamin), qui est visé. Elle n’oppose pas une autre fin à la mort, qui est d’ailleurs un élément commun à toute l’humanité.
  16. 16. A propos des moyens et des fins… « C’est le sens profond de l’hypothèse de la médiation, que nous pouvons expliciter autrement : les moyens font les fins ; toute réalité est installée par son oscillation entre deux modes duaux de causalité, inverses l’un de l’autre, un modèle externe et un modèle interne. Un modèle où les éléments, les points à relier sont premiers, et leurs relations secondes, et un modèle où, au contraire les relations font les éléments qu’elles relient. C’est ce que veut dire l’emprunt du mot dual à l’analyse mathématique. Le même espace est tantôt vu comme un ensemble de points, tantôt comme un ensemble de relations : - tantôt c’est un monde externalisé, partagé, avec des entités autonomes (l’artiste et son talent, le public et ses goûts, par exemple), extérieures l’une à l’autre, qu’il faut relier par des canaux : des intermédiaires, vidés de substance, totalement instrumentalisés ; - tantôt c’est un monde internalisé, un monde de l’entre-deux, sans frontières claires, où aucun terme ne dispose a priori d’identité et de propriété arrêtées, où il s’agit de s’entredéfinir en participant activement à des opérations constitutives. Nous ne sommes plus entre nous. Les mondes musicaux que nous ne sont pas des ensembles nets, ce sont des mondes remplis d’entités bizarres, au statut variable (la série, particulièrement riche, va des sons aux médias, aux instruments, aux partitions et aux écrits, aux interprètes, aux répertoires, aux goûts, aux genres, aux institutions, etc.). Tous intermédiaires complexes, mixtes, qui composent entre la mise en chose, demandant aux humains une participation minimale, et la formation de musiciens, requérant leur participation maximale. Mais que nous ne savons penser qu’en les écartelant entre le couple choses/humains (vocabulaire le plus externe, linéaire), relié par des intermédiaires passivement efficaces, et le couple sujet/objet (vocabulaire le plus interne, circulaire), uni par ses médiations activement consenties. Les musiques réelles ne cessent de passer d’un état externe où la musique existe et fait l’appel de ses divers acteurs, à un état interne où au contraire il faut la faire exister, où ce sont ses divers éléments qui l’appellent à venir au milieu d’eux. La prise, la transe, l’excitation collective, l’illumination de la conversion, désignent les passages du modèle externe au modèle interne, ce sont les médiateurs qui passent à l’action ; au contraire, le travail minutieux de définition théorique, historique, esthétique des éléments de la musique, la catalogue méthodique des objets produits, la stabilisation du marché, l’entraînement technique des corps, correspondent au passage du modèle interne au modèle externe, et à la neutralisation des intermédiaires. » (Antoine Hennion, La Passion Musicale)
  17. 17. Suite DDD • Le possible est immanent à la situation, il en est une reprise, une prise en charge, un « prise en gestes » ici, pas une multiplication exponentielles des entités mais une réorientation tentative de leurs cours – apte, néanmoins, à les modifient du tout au tout. • Le possible (au sens vulgaire) : c’est multiplier les entités, se faire « créateur ». • Or chez Souriau c’est d’intensification qu’il s’agit. Il faut moins créer du possible à l’envie, le thésauriser presque, que faire avec, en hériter, ce qui est un faire sans aussi. • Debaise et Stengers : cf. supra.
  18. 18. DDD et le temps de la fin • A propos de DDD, il a été question de déni hier. Cette accusation renvoie moins à un temps dramatisé, celui du geste, qu’à un temps dénié, par projection du terme, de la fin, sur le temps de la métamorphose et du geste instaurateur (qui est aussi un geste de déprise et de reprise de cette accusation).
  19. 19. • Finalement, ce qui était dénié (activement, sciemment !) hier c’est le le programme qu’instaurent malgré eux les médecin aux huntingtoniens : programme qui découle de l’annonce et dénie lui-même tout devenir- autre, rabattant le trajet en « Huntingtonland » sur le terme de celui-ci ( a) commun à toute l’humanité et b) terme de la maladie – donc doublement indéniable !). • On retrouve ici l’opposition entre projet et trajet : le projet des médecins (qui n’est plus réfléchi, presque un protocole qui découle du diagnostic et s’impose aux personnes) vs. le trajet instauratif sourialien, sa reprise/déprise. • L’inéluctable, ici ? C’est bien le futur comme trajet qui n’est pas complètement écrit, là se loge le possible et en opposition à la perspective de la fin. L’irréversible ici a trait à l’autorité qui impose un projet unique aux malades. Contre ça, DDD oppose un déni actif (« allez au diable » !).
  20. 20. Retour sur les Geste • Agamben : il s’agit de penser le désœuvrement au travers du geste. • Souriau : pensée de l’œuvre ! • Mais… si tout est œuvre chez Souriau, c’est que la catégorie d’œuvre entendu en son sens spécifique, aristotélicien, qu’a en vue Agamben, est écartée. • A preuve, Souriau ne parle plus de création (en tant que corrélat d’un type canonique d’œuvres) mais d’instauration et, mieux encore, de « geste » instaurateur » dans l’Instauration Philosophique. • Reste à voir si l’instauration peut intégrer ou même intègre déjà quelque chose comme la dimension du désœuvrement (on a commencé à parler d’un geste de « déprise et de reprise »…).
  21. 21. Closing Worlds
  22. 22. Closing Worlds • Geste de déprise et de reprise : opération de redirection (T. Fry). Fry parle de défuturation. Défuturer la défuturation. Aussi ce que fait DDD ! Aussi le programme de Closing Worlds, programme pour l’Anthropocène élaboré avec Diego Landivar. • Programme pour l’Anthropocène ? Après « où », après « quand? », comment atterrir ?. Antoine, avec les migrants, ajoute la question « avec qui atterrir » ? • Comment faire atterrir le monde moderne, du naturalisme, de la globalisation, ses innovations (en cours et à venir), ses infrastructures, ses entreprises, ses circuits économiques, sont agricultures, son droit, etc. sur [Terre -]. • Comment hériter de et composer avec tout ça ?
  23. 23. Deux voies : • a) réinscrire la fin l’effet dans l’acte. Différence entre l’espoir (viser une fin) et l’espérance, les pur moyens mobilisés répondent du mieux possible à la situation. Qu’espérer de plus ? =/= ce entre l’optimisme et le méliorisme. • b) ouvrir une « politique de l’enquête » (Fragmenter le Monde, Josep Rafanell i Orra) seule à même de de se rentre attentive aux possibles (réellement) fragiles Un réseau conceptuel : • Instaurer/Restaurer/Instituer (Souriau) • Instituer/Destituer (Agamben)
  24. 24. Le retour de la critique ? • Non ! • Un exemple : Comité Invisible et Centrale nucléaire (cf. Maintenant) • Quid ? Arrêter, continuer, le vouloir… ? • « On ne prend pas Bure comme la Bastille. » (D. Landivar).
  25. 25. Destauration • =/= ce avec la destitution : il ne s’agit pas de se détacher de la centrale, de la laisser mourir de sa belle mort mais d’hériter de la centrale, l’aider à atterrir (nous aider par la même occasion, non en accomplissant un geste destructeur mais un geste de soin, de redirection et de fermeture, tout à la fois). • « Destauration » ! • Intensifier, désintensifier. Mais… pas comme une destruction, les deux faces d’une même pièce. Complément apporté à Souriau mais je pense en partie dans son esprit. Ca se passe toujours comme ça ? Non, c’est une prise de position, c’est fragile et incertain !
  26. 26. Infléchir très légèrement le geste pragmatiste • James : Difficile de penser « l’exclusion » : “The Universe, with every living entity which her resources create, creates at the same time a call for that entity, and an appetite for its continuance [un désir de se faire durer !], -- creates it, if nowhere else, at least within the heart of the entity itself. It is absurd to suppose, simply because our private power of sympathetic vibration with other lives gives out so soon, that in the heart of infinite being itself there can be such a thing as plethora, or glut, or supersaturation. It is not as if there were a bounded room where the minds in possession had to move up or make place and crowd together to accommodate new occupants. Each new mind brings its own edition of the universe of space along with it, its own room to inhabit; and these spaces never crowd each other, -- the space of my imagination, for example, in no way interferes with yours. The amount of possible consciousness seems to be governed by no law analogous to that of the so-called conservation of energy in the material world. When one man wakes up, or one is born, another does not have to go to sleep, or die, in order to keep the consciousness of the universe a constant quantity. Professor Wundt, in fact, in his 'System of Philosophy,' has formulated a law of the universe which he calls the law of increase of spiritual energy, and which he expressly opposes to the law of conservation of energy in physical things.11 There seems no formal limit to the positive increase of being in spiritual respects; and since spiritual being, whenever it comes, affirms itself, expands and craves continuance, we may justly and literally say, regardless of the defects of our own private sympathy, that the supply of individual life in the universe can never possibly, however immeasurable it may become, exceed the demand. The demand for that supply is there the moment the supply itself comes into being, for the beings supplied demand their own continuance.” (Human Immortality)
  27. 27. avec Souriau « Aucune philosophie, est-il besoin de la dire, n’échappe à ces espèces d’antinomies de réalisation, à ces compossibilités thétiques. Aucune n’en apporte ni n’en peut apporter la solution. Comment en serait il autrement ; puisque justement ceci est le travail philosophique lui-même ? Vous déterminez un cosmos singulier ; différent des autres. Vous posez un cosmos qui n’est pas l’être vu sous un certain angle (et même en ce cas votre thèse serait toujours limitative) mais posé par une certaine instauration où vous vous posez vous- même. Le monde de Saint Augustin, celui de Spinoza, de Hegel, c’est n’est le même. Les matériaux sont, jusqu’à un certain point, les mêmes, la base est la même ; mais l’édifice est autre ; et l’anaphore des êtres y est faite différemment. Dans le moment où se définit la promotion anaphorique, certains êtres en puissance commence déjà à pâlir, à s’effacer, tandis que d’autres précisent leurs contours et leur vérité propre. Ainsi donc, de tels sacrifices sont inévitables. Là encore, nous sommes en présence d’une loi de la philosophie ; et à dire vrai, nous aurions pu la placer première, aussi bien que celle du point de vue, car elles sont corrélatives et se développent concurremment et d’un bout à l’autre de l’instauration. Le développement de l’être et celui du non-être se font corrélativement, chacun saisissant et déterminant son bien, l’un vers le blanc, l’autre vers le noir. En élevant ceux-ci, vous abaissez ceux-là ; en instaurant ceux-ci,, vous détruisez ceux-là. Les deux effets sont concomitants […]. Aucune philosophie, donc, n’échappe à cette loi profonde et constitutive. Je dis aucune véritable philosophie, bien entendu, aucune activité de pensée vraiment philosophique. Mais celles qui ne le sont pas n’y échappent pas non plus ; y échappent moins encore. Si je pense dans le rêve – selon la modalité du rêve – il m’est facile de poser ceci ou cela; telles amours ou telles aventures – mais tout le reste s’efface, tout ce que je crois vrai quand je ne rêve pas. » (L’instauration philosophique, p. 334-335)
  28. 28. • Déjà, dans « L’insistance des possibles. Pour un pragmatisme spéculatif », Didier Debaise et Isabelle Stengers notent que : « Tout se passe comme si nous n'avions plus le choix aujourd’hui qu’entre une montée en généralité de la notion de possible (appel messianique, construction utopique, volontarisme politique, possibles tout-terrain) lui faisant perdre toute effectivité et un entreprenariat généralisé des opportunités d’un marché qui ferait le tri entre les gagnants et les perdants. Mais ces choix appartiennent à une symptomatique psycho-sociale. Une autre manière de caractériser notre époque est de dire qu’elle est littéralement dévorée par le sens exacerbé d’un possible impératif – comme si la réalité même exigeait de n’importer que du point de vue de ce possible. On pourrait dire avec Whitehead que le possible, banni au nom de la rationalité moderne fondée sur des faits qui prétendent s’imposer sur le mode du constat faisant autorité, est revenu au galop, déchaîné par son bannissement officiel. Et que, comme l’affirme dès 1847 Karl Marx dans le Manifeste du parti communiste, il a tout envahi, tout redéfini, tout révolutionné. Ce qu’il s’agit d’activer aujourd’hui est une pensée qui engage pour un possible mis quant à lui sous le signe de la lutte contre l’adhésion au probable – contre toute interprétation qui souscrirait au caractère irrésistible du déchaînement capitaliste comme s’il s’agissait de notre destin, voire du vecteur privilégié du progrès et de l’émancipation, alors qu’il désigne la désertification de nos mondes et notre impuissance à penser que ce à quoi nous tenons puisse avoir un avenir. [je souligne] »
  29. 29. Les possibles, tels que nous les concevons, sont des possibles situés, des réponses à des situations questionnantes. Situations auxquelles ces possibles sont attachés, gravitant dans leur orbite. Autrement dit, ils ne flottent pas dans le « plérôme » (Souriau) des êtres virtuels, ce ne sont pas des possibles hors-sol (au sens de « hors question », « hors interpellation », « hors situation »). Ces possibles opèrent une bascule. L’instauration « et en même temps » destauration et instauration, désaffectation et réaffectation. « Défaire le monde » : le monde naturaliste, le monde organisé, le monde qui va et qui doit atterrir. La question étant sur quel mode, avec quelle brusquerie. Accompagner les choses en train de se défaire car hors-sol, littéralement (pas hors-globle mais bien hors-sol).
  30. 30. • Soin, réparation, entretien : ouvre sur la question des communs. • Problème des communs : son caractère gestionnaire. ➔Trinité : communauté, ressource, règles de gouvernance. Or, « les sciences de gestion s’intéressent à l’action collective de production d’artefacts, tangibles ou intangibles, une action commune, coordonnée qui pour transformer des choses passe obligatoirement par l’établissement et le développement de relations entre des hommes. » (Martinet et Pesqueux, 2013, Epistémologie des sciences de gestion) ➔Pas très pragmatiste !!!
  31. 31. • Faire durer → gestionnaire ! • Ne pas faire durer → idem ! ➔ Les choses en train de se faire durer (Antoine) ➔ Les choses en train de se dé-faire, les choses qui appellent à être défaites (pour le coup, la gestion, le droit, etc. ne savent pas faire, il faut vraiment mener des enquêtes très situés pour commencer à avoir le début d’une idée en la matière). • Opérer une redirection de la gestion elle-même, pour lui faire emprunter une direction « cosmomorphe » (travaux d’Emmanuel Bonnet), y faire (ré)apparaître les choses (ou les non-humains), au sens de James. Dé-faire la gestion, la destaurer (la désaffecter et la réaffecter autrement).
  32. 32. • Instaurer des possibles à même les choses : s’interdire l’utopie comme une série de possibles hors-sol, presque axiomatisés (Souriau détestait l’utopie !) • Ce n’est pas non plus en rabattre sur la prétention à ouvrir des mondes, à opérer des bifurcations : entre une centrale nucléaire en activité et une centrale transformée en nouveau mont Uluru, en lieu tabou, la différence est immense. Comme vivre avec, sans complaisance aucune (vivre avec =/= vivre bien avec, marque un échec qui ne doit pas être passé sous silence – c’est aussi l’échec qui doit être instaurer comme échec, comme voie à ne pas suivre).
  33. 33. Contre-Anthropocène « Conçu pour renvoyer aux lieux de renversement de la fatalité dérivée du « système », le concept de contre-Anthropocène ne vise pas d’abord à sauver la nature ou à sauver la technologie, il est le lieu de fabrique de prises, qui supposent le mouvement, la création permanente de nouvelle manière d’interagir, de lier et de délier – ce que la notion d’attachement peut occulter si elle conduit vers le figement d’identité. » (Chateauraynaud & Debaz, Aux bords de l’irréversible, p. 562).
  34. 34. • Penser des « communs négatifs » (2017) • Et la place de pragmata/non-humains, dans les communs (article en cours)
  35. 35. Merci !

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