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La 5G comme "commun négatif"

Grands projets numériques et défis écologiques : contradictoires, ou nécessaires ?
Good in Tech - Futurs Pluriels #1
Par la chaire Good in Tech, portée par l’EMI de Sciences Po et l’Institut Mines Telecom Business School et le Réseau Université de la Pluralité

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La 5G comme "commun négatif"

  1. 1. #FUTURSPLURIELS GRANDS PROJETS NUMÉRIQUES ET DÉFIS ÉCOLOGIQUES : CONTRADICTOIRES, OU NÉCESSAIRES ? La 5G comme « commun négatif » Alexandre Monnin
  2. 2. La 5G et le droit à innover… comme tout le monde ! • Innover est-ce faire la même chose que tout le monde ? • Innover est-ce plus exactement se retrouver forcé à faire la même chose que tout le monde ? • In fine, qu’y a-t-il, au juste, d’innovant là-dedans ?
  3. 3. Le point de vue d’un capitaliste Posons la question à un capitaliste ayant fait fortune dans le numérique, Peter Thiel (de surcroît, c’est loin d’être un gauchiste)
  4. 4. Innovation ou… Imitation ? • Inspiré par les travaux de l’anthropologue René Girard, auprès duquel étudia, Thiel se méfie comme de la peste des mécanismes mimétiques (désir, violence, etc.). • Pour Thiel, l'imitation engendre une course qui conduit à l’appauvrissement, la concurrence parfaite signifiant le tarissement des profits. Ceci, à la différence de l’innovation véritable. • Premier constat : il vaudrait mieux parler ici « d’imitation », ce qui décrit parfait le cadre posé par le président de la république.
  5. 5. Innovation ou… Imitation ? • L’imitation débouche sur la concurrence (et le conflit) alors que l’innovation véritable aboutit une forme de différentiation, une finalité que toute entreprise doit viser. • Autrement, les entreprises créent certes de la valeur mais n’en captent qu’une petite partie. Même les très grandes entreprises dans des secteur comme les télécoms peuvent s’avérer non rentables. Surtout sur un marché européen hyperconcurrentiel qui compte une foultitude d’acteurs… • Deuxième constat : dans l’hypothèse d’un marché parfaitement concurrentiel, des entreprises indifférenciées vendent des produits ou des services parfaitement homogènes et substituables. Elle ne contrôlent donc pas leur marché et, selon Thiel, les prix ne sont plus déterminés que par la loi d’airain de l'offre et de la demande (ce dernier point étant le plus discutable).
  6. 6. Dissent at Heart of Telecom Industry Undermines France’s 5G Push • https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-09-18/dissent-at-heart-of-telecom- industry-undermines-france-s-5g-push • Outre les enjeux environnementaux, la rentabilité est d’ailleurs questionnée en interne au sein d’un opérateur comme Orange, ce dont la presse s’est fait l’écho récemment. • “Orange will bear all the heavy investments (licenses, equipment, rollout) that will benefit other companies at the bottom of the food chain and possibly the state,” the authors wrote.” (in Sans 5G : Orange dans le monde du futur).
  7. 7. Rentabilité ? • Pour pallier ce problème, les opérateurs comptent sur le « network slicing » afin de faire émerger de nouveaux modèles économiques « verticaux » qui leur permettront enfin de capter de la valeur. A ce sujet, voir l’annexe à la fin de la présentation 
  8. 8. Rentabilité ou fin de la neutralité du net ? En résumé : • Soit les opérateurs consentiront à de lourds investissements pour faire comme tout le monde, dans une démarche d’imitation et non d’innovation, sur des marchés condamnés à une très faible rentabilité… • Soit ils pousseront pour faire émerger de nouveaux business models autour du network slicing et de la virtualisation des réseaux, menaçant potentiellement la neutralité du Net (même si l’UE tente de trouver une position conciliatrice).
  9. 9. Rentabilité et explosion des usages Par ailleurs, ce modèle économique, comme l’écrit un expert en faveur de la 5G, doit croître, à plus forte raison avec le 6G à venir (toujours dans la logique mimétique) : « L'antenne ne sera là que pour transmettre le signal. Cela permettra ensuite du network slicing : dans les centres de données, il sera possible de créer des réseaux spécifiques pour différents usages, par exemple l'un pour connecter les machines-outils de l'industrie 4.0. et l'autre pour regarder du football, ou conduire les voitures autonomes. Et chaque tranche virtuelle aura les protocoles adaptés. Bientôt ce sera un réseau par personne... C'est ce qui est prévu! A long- terme, la 6G travaille sur le développement de cette technologie de network slicing pour avoir non plus une vingtaine de réseaux pour autant de grands services, mais bien davantage. L'idée est de créer le réseau quand le client se connecte. Mais c'est encore très discuté, car il faudrait des milliards de réseaux. On ne sait pas encore bien comment contrôler tout cela [je souligne]. » https://www.usinenouvelle.com/editorial/la-vraie-revolution-de-la-5g-vient-de-l-usage-de-datacenters-estime-guy-pujolle- professeur-a-sorbonne-universite.N1007319
  10. 10. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes (Bossuet) « Pour résumer, la 5G va dans trois directions : l’Internet massif des objets; le très haut débit en mobilité (par exemple pour regarder des vidéos en haute-définition dans un train) ; les missions critiques. » « Dans mon livre, j'estime que la consommation devrait être à peu près constante, mais il est vrai qu'elle pourrait augmenter si les usages explosent. » https://www.usinenouvelle.com/editorial/la-vraie-revolution-de-la-5g-vient-de-l-usage-de-datacenters- estime-guy-pujolle-professeur-a-sorbonne-universite.N1007319  Constat de Guillaume Mandil (Inria STEEP) : d’un côté on promet un succès économique à base d’explosion des usages, de l’autre on table sur la capacité à endiguer ces mêmes usages…
  11. 11. Ceci s’accorde d’ailleurs très bien avec le modèle de la gouvernance climatique… « Ce modèle repose sur des mesures dites « en fin de tuyau », c'est-à-dire qu’on va tenter de réguler les outputs, et donc les émissions de gaz à effet de serre. Les négociations internationales concerneront donc principalement la répartition de l’effort global de réduction des émissions. On ne s’attaquera pas, en revanche, à la question des inputs, c’est-à-dire aux processus qui déterminent l’évolution des émissions, comme la production énergétique, les modèles de développement industriel ou le fonctionnement de l’économie mondiale. » • Aykut, Stefan, 2020, Climatiser le monde. Quae.
  12. 12. La 5G et les communs négatifs • Un commun (ici une technologie issue de travaux scientifiques, accessible via des standards) qui s’impose par la pression mimétique (ne parlons pas de désir), est-il encore un commun « positif » ? • Au regard des problèmes considérés (environnementaux, potentiellement sanitaires, énergétiques, économiques, démocratiques, etc.), ne peut-on parler de commun « négatif » ?
  13. 13. Communs négatifs ? « Les communs négatifs désignent des “ressources”, matérielles ou immatérielles, « négatives » tels que les déchets, les centrales nucléaires, les sols pollués ou encore certains héritages culturels (le droit d’un colonisateur, etc.). Tout l’enjeu étant d’en prendre soin collectivement (commoning) à défaut de pouvoir faire table rase de ces réalités. Aussi s’agit-il d’un élargissement de la théorie classique des communs, notamment par rapport à l”approche « positive » des Commons Pool Resources proposée par Elinor Ostrom, qualifiée parfois de bucolique par Alexandre Monnin. L’approche par les communs négatifs tourne autour de deux axes majeurs a) le fait d’accorder une valeur négative à des réalités souvent jugées positives – les réserves d’énergie fossile, le numérique, etc. (ce que l’on pourrait qualifier de lutte pour la reconnaissance en considérant que tout commun est d’abord un incommun chargé d’une conflictualité) et b) le fait de bâtir de nouvelles institutions susceptibles de permettre à des collectifs de se réapproprier démocratiquement des sujets qui leur échappaient jusqu’à présent, en particulier la co-existence avec les communs négatifs, plus ou moins mis à distance (on peut songer aux récentes mesures prises par des maires au sujet des pesticides mais aussi au numérique demain, sur le même modèle). [je souligne] Cette réappropriation par le détour de nouvelles institutions pose de nombreuses questions : d’échelles, de compétences, de subsidiarité, de droit ascendant, etc. Par ailleurs, les communs négatifs peuvent induire l’idée de communautés de non-usage, autrement dit, de collectifs cherchant à ne plus utiliser certaines entités autrefois qualifiées de ressources (à l’opposé, cette qualification constituait clairement une désinhibition facilitant et légitimant les démarches extractivistes). » « Commun négatif », in Glossaire des communs, Alexandre Monnin et Lionel Maurel, https://politiquesdescommuns.cc/glossaire?#communnegatif,
  14. 14. Communs négatifs Quelle valence pour le commun ? Négative ou positive ?  Nécessite de procéder à de « enquêtes de valuation » (importance de l’enquête pour la démocratie, à l’instar des proposition du philosophe John Dewey).  Comprendre les attachements aux technologies, aux perspectives annoncées (emploi, croissance, etc.) et la viabilité de ces attachements au regard d’autres trajectoires : climatiques, énergétiques, extractivistes, démocratiques, etc.  La première lutte est une lutte pour la reconnaissance de la valence (+ ou -) du commun.
  15. 15. Inventer en fermant un projet ? • S’agit-il pour autant de « tout arrêter » comme le craint le président Macron ?
  16. 16. « Le pire »
  17. 17. Inventer en fermant un projet ? • Au contraire, la réelle invention en la matière n’est pas l’imitation itérative à laquelle on cède sous la pression de ses concurrents mais l’action stratégique. • Comme le demande les salariés d’Orange opposés à la 5G : « instruisons ensemble, à la place du projet de la 5G et en réutilisant les moyens qui lui sont alloués, des scénarios alternatifs ».
  18. 18. Faire et ne pas faire (et faire autre chose) • Faire nous exposera très certainement à violer les engagements de la France en matière de budget carbone. Il y a sans doute matière à 1) valoriser le respect de ces engagement, 2) investir dans d’autres projets et modèles économiques, sans doute moins destructeurs de pure valeurs & n’accélérant pas le péril auquel s’exposent nos territoire (en terme de co-viabilité). • Plus vraisemblablement, si rupture de nos engagements en matière d’émission il y a, elle ne sera que temporaires, car nous serons obligés de faire machine arrière sous la pression de facteurs physiques et législatifs qui ne manqueront pas de faire irruption. • Autrement dit, le 5G n’est qu’une parenthèse qui sera démantelée plus tard, à grands frais, ou maintenant, au profit d’une stratégie à la fois plus inventive et plus réaliste. Il faut combattre la mauvaise fiction qui continue à se faire passer pour une forme de réalisme.
  19. 19. Comment ? Ce sont ces stratégies que nous mettons en place au moyen de protocoles d’arbitrages démocratiques en accompagnants des municipalités ou des collectifs dans le cadre de l’initiative Closing Worlds.
  20. 20. Conclusion • La 5G n’est qu’un avatar de nos « futurs obsolètes », selon une expression que j’affectionne. • Comme l’écrivait Yves Stourdzé en 1978 (!) : « nous nous promenons aujourd’hui dans les ruines de notre avenir ». • Il nous faut bâtir de nouvelles institutions pour désaffecter et réaffecter des projets condamnés avant de subir l’ensemble de leurs effets. • La lutte n’oppose d’ailleurs plus des acteurs para- institutionnels aux acteurs institutionnels, et ce à l’image des mesures prises par certains maires contre les pesticides. C’est une lutte qui traverse les institutions (communes/préfectures), les formes de légitimités (directe ou indirecte), les échelles (locales/nationales), etc.
  21. 21. Bonus
  22. 22. Le network slicing et la neutralité du Net • Le point de vue d'Ericsson : “If not done carefully net neutrality regulation risks hindering innovation in networks, like network slicing - a key 5G fundament; and threatening the viability of IoT. Modern infrastructure for a smart society will require the flexibility to create network services that appropriately handle unique requirements.”, https://www.ericsson.com/en/public-policy-and-government- affairs/net-neutrality
  23. 23. Le network slicing et la neutralité du Net “In the past months, the European net neutrality debate has often revolved around the introduction of the next generation of mobile phone networks, 5G. This is because 5G specifies new ways in which operators can treat traffic that is transmitted over their networks in a differentiated way. In particular it ecompasses a technology called "network slicing", where multiple virtual networks with different quality of service characteristics are provided over the same infrastructure. A network slice could for example be optimised for very low latency, or guarantee a minimum bandwidth, or allow communications with particularly low energy requirements on the mobile device. Equipment manufacturers such as Ericsson and Nokia have been marketing these new features of 5G to network operators by arguing that they allow operators to create new products addressing "verticals", meaning they could form partnerships with providers of specific applications and develop a bundled product aimed at a specific customer base. For example, network operators could partner with a weather sensor manufacturer and sell sensors, monitoring software, and the required network service as a bundle to large farming operations wishing to better monitor the environment their crops grow in. The Regulation allows for "specialised services" that are treated distinctly from internet access services (IAS) and thus are not subject to the regular net neutrality rules. However, what services can be deployed under what conditions is crucial, so these exceptions cannot be used to circumvent the net neutrality protections that the Regulation otherwise establishes. The Regulation requires that deploying an application as a specialised service is actually necessary (it cannot be provided over the regular internet instead) and that specialised services are not detrimental to the general quality of the IAS.” https://en.epicenter.works/content/the-new-eu-net-neutrality-guidelines-berec-responds-to-criticism
  24. 24. Le network slicing et la neutralité du Net “Here’s how GSMA — representative of mobile operators worldwide and the association behind MWC — sees the business opportunities of network slicing: “Just as digitisation has opened up the consumer market to a previously unimaginable array of experiences (most from outside the mobile ecosystem), we believe that slicing, and the adaption capabilities within, will be a similar catalyst for business customers, enabling them to facilitate their activities in ways we may struggle to even imagine today.” Translating that to human speak: telecoms are extremely excited about the possibilities of network slicing as it would allow them to stop selling complete packages (or “one-size-fits-all sales models” as they like to call it) and instead sell more specialized packages — e.g. specify whether a customer gets ultra-high-bandwidth communication or extremely low latency. Telecoms argue this would benefit everyone and help with the adoption of 5G.” https://thenextweb.com/eu/2019/02/28/5g-is-a-threat-to-europes-absolute-net- neutrality/
  25. 25. Le network slicing et la neutralité du Net “To sell slices separately, 5G would likely need to be classified as ‘specialized services’ under EU law, which are exempt from net neutrality. Specialized services are basically “something other than the internet” and often use the same protocols or the same infrastructure as internet-connected devices, but are separate from the open internet, e.g. television or telephony voice over LTE. “Specialized services is the biggest weak point we have right now. Weakening that would allow 5G to basically circumvent net neutrality completely,” says Lohninger. For him, it’s worrying that the ISP would act as a de facto gatekeeper, deciding which slice is most suitable for which application and charging accordingly. In extreme cases, it could result in users having to pay for each service they’d like to use.” https://thenextweb.com/eu/2019/02/28/5g-is-a-threat-to-europes- absolute-net-neutrality/
  26. 26. Le network slicing et la neutralité du Net “Network slicing is not just relevant for specialised services: it also allows operators to create new IAS products where one subscription provides access to the internet using multiple slices with different quality of service characteristics in a way that had not been implemented on mobile devices before. We have always argued that such products are allowed under the Regulation if the subscriber is in full control over which application makes use of which slice. In the new Guidelines, BEREC has added language that reflects this: the Guidelines state that such products must handle the different quality of service levels in an application-agnostic way and clearly defines that this means independent of application (and not grouping similar applications together). By adopting this guidance, BEREC is the first major regulatory body to make it clear that net neutrality regulation and 5G are compatible. The particular solution gives users control over how they want to use their internet access service.” https://en.epicenter.works/content/the-new-eu-net-neutrality-guidelines-berec-responds- to-criticism

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